Extrait du jugement du 7 janvier 2000:
A propos du premier procès qui opposait le Centre gai et lesbien au journal Présent pour son numéro 4299 daté du mardi 16 mars 1999 :
« PACS : la contre attaque du lobby homosexuel », « Lintox sur les « familles homoparentales », et un dessin signé CHARD représentant deux hommes tendant les bras à un petit garçon suçant son pouce, lun des hommes disant : « NAIE PAS PEUR, TU VOIS BIEN QUON TE RECOIS... , lautre ajoutant : « A DRAPS OUVERTS. »
Le Tribunal de la XVIIème chambre correctionnelle de Paris a estimé :
Sur la recevabilité de la constitution de partie civile du CENTRE GAI ET LESBIEN au nom de ses adhérents : « Le CENTRE GAI ET LESBIEN est une association déclarée, régie par la loi du 1er juillet 1901, qui a notamment pour objet, selon ses statuts, « la lutte contre toute exclusion ou discrimination sociale, professionnelle, ou de toute autre nature, fondsée sur lorientation, lidentité, les moeurs ou les pratiques ». Aucun texte de portée générale ne confère aux associations les droits reconnus à la partie civile à raison des faits délictueux qui leur porteraient un préjudice indirect, tel le préjudice moral causé à lensemble de ses membres. (...) En outre, larticle 2-6 du Code de Procédure Pénale permait aux associations se proposant de combattre les discriminations fondées sur le sexe ou les moeurs dexercer les droits reconnus à la partie civile seulement en ce qui concerne certaines infractions limitativement énumérées par ce texte, dont la diffamation ne fait pas partie ».
Sur laction de lassociation à titre personnel : « Laction du CENTRE GAI ET LESBIEN est en revanche recevable en ce que cette association se prétend personnellement diffamée, comme faisant partie, selon la une de PRESENT, du « lobby homosexuel » soutenant le PACS et invoque à cet égard, un préjudice personnel. (...) Le CENTRE GAI ET LESBIEN, qui nest que lune des associations de défense des droits des homosexuels, parmi dautres, nest ni nommé, ni particulièrement identifiable dans les titres et dessin figurant en première page du journal PRESENT, de même que les deux articles annoncés et publiés en page 3. Nétant pas personnellement visé par la publication quil incrimine, le CENTRE GAI ET LESBIEN ne saurait se prétendre atteint dans son honneur et sa considération ; le délit de diffamation nest donc pas constitué ».
PAR CES MOTIFS : (....) « DECLARE lassociation CENTRE GAI ET LESBIEN irrecevable en sa constitution de partie civile formée au nom de ses adhérents. LA DECLARE recevable en sa constitution de partie civile à titre personnel, RELAXE Jean ARFEL dit Jean MADIRAN des fins de la poursuite, DEBOUTE le CENTRE GAI ET LESBIEN de ses demandes présentées à titre personnel ».
Extrait du site internet de l'association Prochoix:
Le 16 mars 99, le journal Présent (proche du FN, tendance catholique traditionaliste) publiait un dessin particulièrement ignoble. Etalée en première page, une caricature dun couple dhommes les montrait entrain de tendre les bras à un petit garçon avec pour dialogue : Viens mon petit, nous allons taccueillir... à draps ouverts. Lassimilation de lhomosexualité à de la pédophilie est un sport très pratiqué par ce journal également habitué à déraper contre les arabes ou les juifs. Présent a plusieurs fois été condamné pour incitation à la haine raciste et antisémite. Mais jamais pour homophobie. Cette fois pourtant, ProChoix-FLH a décidé dalerter une association homosexuelle représentative, et donc succeptible dêtre la meilleure partie civile possible : le Centre gai et lesbien de Paris. Sur nos conseils, grâce à nos premiers fonds et en collaboration avec lavocate du Fonds de lutte, Agnès Tricoire, le Centre gai et lesbien a pu porter plainte pour diffamation en juin dernier. Une première qui na pas fini de faire enrager Présent... Il nest jamais agréable de se faire réveiller par un huissier, surtout par des gens qui nont aucun droit. Furieux, le journal a étalé sa colère à la une de son numéro du 17 juin. Un article entier y est consacré à la plainte du CGL sous le titre : Pour imposer le PaCS. En illustration, un autre dessin montre deux hommes faisant semblant de sinterroger sur le mal quil y a à confondre homosexuel et pédophile. Ben quoi, cest comme si on confondait anormal et pervers ? explique lun deux. Bien sûr, le Centre gai et lesbien a porté plainte à nouveau, avec dautant plus de joie que cette fois il y est personnellement nommé ! Rendez-vous le 26 novembre pour un procès historique !
Coût de lopération : au 1er août 8 000F soit 2 000F dhuissiers + 6 000F davocats + 8 000 sup. pour la 2ème plainte, soit 16 000 F au total.
Récit du 1er procès contre Présent
(extrait de ProChoix n°12 )
A 14h30, vendredi 26 novembre, Jean Madiran, théoricien de la droite catholique traditionaliste, devait comparaître au Tribunal de Grande Instance de Paris (17e chambre) pour sexpliquer suite à la parution dun dessin homophobe dans son journal, Présent. La loi ne donnant pas la possibilité aux associations homosexuelles de se porter partie civile dans les cas de diffamation envers les homosexuels en général, lattitude du tribunal était attendue avec impatience. Loin de rejeter la recevabilité du Centre gai et lesbien, la Cour a permis aux parties de plaider.
Interrogé par la juge, Jean Madiran a tenté dexpliquer que ce dessin nétait rien dautre que lexpression du débat intellectuel, très vif au moment du PaCS, quil reflétait une morale vieille de plusieurs milliers dannées. Morale au nom de laquelle, son journal proteste contre la promotion de linstitutionalisation de lhomosexualité. Lorsque la juge a insité : Navez-vous pas le sentiment davoir dépassé les limites? Il a répondu que ce nétait quune caricature, parmi dautres. Moins violentes, selon lui, que celles que lon produirait aujourdhui sur le mariage que lon dit maintenant hétéro-sexuel. Enfin, sûr de son bon droit, Jean Madiran a rappellé que ce dessin ne visait aucun particulier et que ce que les homosexuels appelaient homo-phobie nétait pas à ce jour un délit.
Sexprimant juste après, Caroline Fourest, présidente du Centre gai et lesbien, a commencé par dire quelle navait décidément pas la même notion du débat intellectuel que monsieur Madiran, que ce dessin avait beaucoup choqué et ému autour delle. Au Centre gai et lesbien, nous sommes tous les jours confrontés aux conséquences très concrètes de ce type de caricatures. Des pères et des mères homos à qui lon retire la garde de leurs enfants parce que plane ce soupçon de pédophilie... à cause de ce genre de dessins !. Enfin, elle a dénoncé le flou juridique permettant à des publications comme Présent dattaquer les homosexuels dans leur ensemble en toute impunité.
Avant que lavocat de Jean Madiran, Me George-Paul Wagner (auteur dun article dans Présent particulièrement homophobe et que notre avocate ne sest pas privée de lire à la barre) ne plaide, Me Tricoire, avocate du Fonds de lutte contre lhomophobie a défendu la recevabilité du Centre gai et lesbien. Celle-ci étant lune des principales associations pouvant se reconnaître dans le terme lobby homosexuel. Sincèrement révoltée, elle a dénoncé lamalgame entre pédophilie et homosexualité fait systématiquement par Présent comme relevant dune démarche paranoïque et coupable intolérable.
Loin de prôner lirrecevabilité, le procureur de la République, Michel Lernoul, a estimé que si le CGL ne pouvait agir au nom des homosexuels en létat actuel de la législation, il pouvait en revanche se sentir visé par le titre lobby homosexuel et donc être jugé recevale dans son action à lencontre dun dessin à lévidence diffamatoire.
Dans la salle, de nombreux lecteurs de Présent, des personalités anti-choix comme Xavier Dor (créateur des commandos anti-IVG) mais aussi des personnes qui blessés par un an de prosélytisme homophobe étaient venus écouter laudience. A la sortie, tous avaient au moins en commun le sentiment quon ne pourrait plus jamais parler des homosexuels de la même manière après une telle journée.