n° 1 Décembre 72 - Janvier 73

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Ci-dessous quelques extraits au format texte


  Vous avez bien raison de soupirer, vous lecteurs de la presse qui se dit underground, et dont la recette commence à être connue : deux doigts de révolution et de drogue, un kilo de fesses, une giclée d'agressivité ; mélangez le tout et) rallongez la sauce à grand renfort de publicité, du plus pur style canard bourgeois. Côté fric, il y a, bien sûr, des MECENES, mais chut... faut pas le dire! Pensez! L'underground, c'est de l'osé, presque du clandestin...

Et nous ? Et nous ? ils disent les fharistes, les gouines et les pédés, on n'est pas des clandestins ? Des qui en ont marre de l'être et de voir les autres parler à leur place? Nous, on la connait la clandestinité : c'est moche, et encore plus moche quand on fait du fric avec. Donc, taisez-vous, on parle. On va tous parler. On ouvre les colonnes à tous les groupes qui se forment actuellement à Paris, en province et à l'étranger.

Nous avons besoin de vous, car de n'est pas facile. Ce journal est né d'un comité de rédaction ouvert à tout homosexuel révolutionnaire. Ni mécène, ni subvention, ni écrivain célèbre. Bref, ce fut une naissance dans une crèche bordélique, où les animaux étaient des machines à écrire venues des quatre coins de Paris.

Vous qui pensez que toute libération par le passe par le renversement de la société bourgeoise et capitaliste et que, pour cela, une révolution purement économique est insuffisante, on vous attend. Ecrivez-nous.

Le Comité de rédaction



 



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LES POTINS "LIBERAUX"

Connaissez-vous des hétérosexuels ? Oh, Je suis bien de votre avis: « Illes » sont un peu voyantes, « Illes » ont tendance às'exhiber, à faire du prosélytisme et à former des mafias, mais après tout, chacun fait ce qu'il veut de son propre corps, n'est-ce pas ? D'ailleurs J'ai des amis hétérosexuels, un couple très uni. Des gens A-DO-RA-BLES. Bien sûr, on ne peut pas se montrer partout avec eux, il y a des limitas à la tolérance. et quand on a des occupations sérieuses, il ne faut tout de même pas exagérer. D'abord, personnellement, Je ne tiendrais pas à passer pour une anormâle: reconnaissez que pour un homme, aimer les femmes, c'est bizarre, cela s'accompagne souvent de symptômes névrotiques. Alors, 11 est bien nécessaire de soigner certains hétérosexuels.

Et que dire du problème des enfants ? Admettriez-vous qu'une femme attende un garçon à la sortie de l'école et tente de le détourner ? Certes, il est inconcevable d'attaquer les hétérosexuels en tant que tels, mais de là à leur permettre de contaminer les enfants, c'est autre chose. On a beau être moderne, large d'esprit, UNE PERVERSION RESTE UNE PERVERSION dont 11 faut protéger les enfants.

Pour moi, ce qui me frappe le plus, c'est la façon bestiale dont « Illes » réduisent la sexualité à la reproduction. Peut-on Imaginer rien de plus dégradant, de plus traumatisant aussi pour un être Jeune ? Songez par exemple aux femmes: lorsqu'« Els» atteignent la puberté, nous faisons tout pour dédramatiser cet événement, pour qu'« Els »ne se sentent pas réduites à un rôle pure" ment biologique. Quel choc pour nous qu'une rencontre avec un Individu qui nous proposera de faire un enfant par la méthode directe! Non, vraiment,, cela est Inadmissible. A l'idée d'une pareille horreur, J'ai les couillovaires qui se contractent.
Comment peut on être hétérosexuel ?...

Raymonde la Gaudoux
Anne-Marie Fauret



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Homosexualité
et
socialisme

 

LENINE : " L'émancipation des ouvriers doit être l'œuvre des ouvriers et de même l'émancipation des ouvrières doit être réalisée par les ouvrières elles mêmes... "

Wilhelm REICH :"Il faut transformer la rébellion sexuelle de la jeunesse en une Lutte révolutionnaire contre l'ordre établi, c'est-à-dire l'ordre capitaliste et bourgeois, et si nous voulons supprimer la misère sexuelle, il nous faut alors lutter pour le socialisme, il faut politiser cette question sexuelle."

 

Pourquoi venons-nous au F.H.A.R.?

 


- Parce que nous refusons de nous laisser enfermer dans des boîtes ou clubs réformistes, ghettos créés par la bourgeoisie et ses flics. Pour la société, ces boîtes ont deux avantages: d'une part, elle constituent des abcès de fixation où se dissimulent nos "pratiques honteuses" d'autre part, elles permettent de ficher les homos tout en les soumettant à l'exploitation capitaliste.

- Parce que nous voulons instaurer des rapports nouveaux entre nous, dans le cadre d'un mouvement de lutte pour le droit à la libre disposition de notre corps.

- Parce que nous voulons être des militants qui dénoncent la distinction vie publique - vie privée, par laquelle les "sciences humaines" de la bourgeoisie, prétendent étudier "l'homme", entité abstraite définie hors de tout contexte socio-économique.

Etre militant au F.H.A.R., c'est revendiquer notre liberté physique et morale par la destruction des lois de la société en place et des tabous de la religion judéo-chrétienne. C'est dans cette optique qu'il faut interpréter le défi lancé aux mœurs par certains camarades qui se sont mis a poil dans amphi au cours d'une assemblée générale. Ce geste était:

- Un acte libérateur visant à une égalisation des rapports. La nudité estompe les critères apparents de richesse déduits de l'habillement (ouvrier en bleu, petit bourgeois en costume-cravate ou étudiant à la mode hippie).


- Une tentative de destruction des notions bourgeoises selon lesquelles il y a d'un côté une belle jeunesse qui doit se taire taire, et de l'autre des vieux, compensant leur " laideur" par l'exercice du droit à la parole et du pouvoir.

- Une pratique révolutionnaire attaquant sur un mode radical les lois anti-sexuelles de notre société qui se fonde uniquement sur des critères idéalistes: la PUDEUR, les BONNES MŒURS

La position réformiste, commune aux libéraux de droite (" homos et hétéros ") et aux bureaucrates de gauche, consiste à dénoncer la répression anti-homosexuelle et à revendiquer la reconnaissance de ceux des homosexuels ayant démontrés qu'ils peuvent être " corrects et de bonnes mœurs "... C'est là nous renvoyer à une normalité identique à celle qui opprime les hétérosexuels eux mêmes, puisqu'elle considère la sexualité seulement sous l'angle de la reproduction strictement limitée au cadre de la famille. cette institution dont le rôle est d'assurer la survie économique et idéologique du capitalisme.

Nous ne visons aucune réforme, aucun aménagement avec le système:

La radicalisation de notre lutte répond au fait que la répression sexuelle sous toutes ses formes est nécessaire au capitalisme.

Ainsi, nous sommes amenés à dénoncer l'attitude qui consiste à négliger la lutte idéologique et à rejeter ceux qui veulent y participer, en les accusant de morceler par individualisme la lutte révolutionnaire. En réalité, ce rejet, qui démontre clairement un refus d'analyser, est une hypocrisie, dangereuse dans la mesure où elle prétend faire obstacle à l'engagement politique des homosexuelles (els) que le P.C. et Lutte Ouvrière décrètent étranger au monde ouvrier et à la lutte des classes...

On nous objecte souvent que chaque groupe de gauche fait " sa " révolution sexuelle et qu'il n'est pas nécessaire de faire un groupe à part.

A celà, nous répondons que nous revendiquons au sein du F.H.A.R. le droit d'être différents contre une idéologie sexuelle totalitaire, à laquelle participe objectivement tout hétéro, dès qu'il se considère comme plus " normal " qu'un homo.

- Nous venons au F.H.A.R. pour que l'anaIyse de notre oppression spécifique brise les cadres de toute normalité.

C'est dans une société socialiste qu'apparaîtra l'inclusion réciproque de l'homosexualité et de l'hétérosexualité.

Alors, il n'y aura plus ni homos, ni hétéros, ni bi-sexuels, mais une libre sexualité.

- Contre les forces réactionnaires liguées en front unique de défense de l'ordre bourgeois.

- Contre les bonnes mœurs, garant de la répression sexuelle, du puritanisme, de l'obscurantisme clérical et de l'hypocrisie laïque.

- Contre l'aliénation capitaliste, pour un socialisme libérateur.

Guy Maës et Anne-Marie Fauret


 

 


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F. H. A. R.
LES COMITES DE QUARTIER A PARIS

Il en existe neuf:

le 5e (Jussieu) avec le « Fléau Social ",

le 6e (Odéon),

le 11e (Bastille),

le 14e (Porte d'Orléans),

le 17e (Place Clichy): groupe antisexiste,

la faculté de Clignancourt,

la faculté de Vincennes,

 

Un nouveau groupe vient de se créer chez Maryse dans le 13e

... et maintenant un groupe d'homosexuels marxistes!
Pour prendre contact, écrivez au journal.
Les gouines rouges font une permanence tous les dimanche à 16 h, 73 rue Buffon. Un livre est en chantier. Bises. Venez.
Si vous avez la possibilité de recevoir des amis chez vous, ou bien si vous désirez créer un comité, prévenez-nous.

 

 

 



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La folle

Y a beaucoup de gens même chez nous au FHAR, qu'aiment pas les folles... Si! Si! Protestez pas ! C'est pure vérité ! Ils aiment pas...
Voyez-vous... les folles, ça gêne, ça se montre trop. Ça se fout de tout, ça sort du rang... Tiens: demandez à Lutte Ouvrière ! Elle en était folle de rage, Lutte Ouvrière, lors d'une certaine manif... et vous savez pourquoi ? Parce qu'on lui faisait, à cette vieille chèvre trots-cocarde, on lui faisait, sous le nez, guili-guili et je te tire par la barbichette! Ça vous étonne, qu'on s'amusait ainsi ? Vous savez donc pas qu'on est gamine, nous, mais si, mais si ! Gamines! Et vicieuses, avec ça, vicieuses ! Bonnes pour l'asile, quoi! Oui, la folle, Je vous reprends mon histoire, ça s'agite trop. Ça danse. Ça se tortille. Et y a beaucoup de gens, c'est curieux quand même, qu'aiment pas voir des garçons se tortiller, onduler serpenter, alors que ces mêmes gens, ils apprécient beaucoup si une femme, elle, le fait. Entre nous, je le dis carrément, les gens, y sont pas logiques. Faut être conséquent avec soi-même, vous trouvez pas ? Veut-on me dire pourquoi qu'une femme, elle, a le droit et même le devoir de se tortiller et pas un gars qu'est folle ?
Et puis je continue ? Bon ! Pourquoi les hommes portent-ils pas des robes ? Et des cotillons ? Pourquoi qu'y se maquilleraient pas tous, les hommes ? Imaginez comme ça serait `joli, si, très joli, un défilé d'ouvriers en jupes roses, avec sur la tête une perruque, en forme de coiffe bretonne (et vive la Bretagne libre, vive, mes chéris!). Et attendez! J'ai pas fini: tout en haut de cette coiffe, une toute petite faucille et un marteau (cousus de fils rouge, s'entend !1. Vrai, je vous le dis: tous les hommes sont des folles, tous, mais c'est fou comme ils ont peur de le paraître! Fou! Mais que vienne l'occasion (bal masqué, par exemple), et les voilà qui se travestissent, qui poussent des cris aigus, Ça ne sait même plus si ça appartient encore au sexe masculin. Des folles: tous. Partout. Toujours.
Les folles ? La Révolution en dansant, en sautant, et je vous jette des marguerites une à une, des confettis, je suis celle qui sème à tous vents, petit Larousse illustré et pas la moindre retenue. C'est si bon de la faire, sa folle, de s'appeler soeur Charlotte des Grandes Augustines, soeur Marx des Kapitaux décomposés, la Fille du Peuple, La Freudienne endormie, la bourbon des députés. Vous aimez pas, chéros gô-gôchistes ? Mais faites donc pas cette tête-là ! Vous perdriez votre rimmel ! Ah ! vous en mettez jamais ? Oh! Mille excuses, chéris, mille pardons: j'avais oublié. Oh! ces gô- gôchistes, grandes constipées qu'elles sont!
... Par un soir de printemps, une folle s'approcha du Ministère de Son Intérieur et, dans un rire de fille chatouillée, sous le regard du flik de service qui se tordait lui aussi, déposa, telle une pâquerette, une bombe, comme ça... Et tout, absolument tout explosa. Comme je vous le dis, chéris, dans un grand éclat de rire, le Ministère devint cendres... Mais où déjà cela s'est-il produit ? Où cela se produira-t-il ? Devinez!
Je vous lèche la langue, mes amours!(1)
« Une » du FHAR.

(1) Petite nota: c'est fou, quand on y pense, ce que les gauchistes sont accrochés au modèle de l'ouvrier Front Popu, le Jean Gabin de la selle Equipe. Et vas-y donc que je te roule les épaules, que je te défile au pas cadence, ca me rappelle bien des choses, trouvez pas ? Oh ! c'est pas que je veux faire ma méchante langue. Toute innocente que je suis. moi, la Toute Naïve, une du peuple, mais c'est pas pour dire: le pas cadencé, Heili-Lo ! Non vraiment, une folle, c'est pas supportable ! Y z'ont raison, les gô-gôchistes. pas supportables dans ce système-là.

 

 


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Pourquoi « L'Humanité » a-t-elle qualifié de « mascarade » le défilé gauchiste du 1er mai?
P.J. (1).

 

Parce que je ne sache pas que l'homosexualité, glorifiée dans le cortège gauchiste, soit une position particulièrement révolutionnaire. Quand je pense que certains groupes tels l'A.J.;S. ou la Ligue, essaient de se faire admettre comme des composants du mouvement ouvrier ! Quand je pense que certains nous poussent àfaire droit à cette demande ! Or la couverture de l'homosexualité ou de la drogue n'a jamais rien eu à voir avec le mouvement ouvrier. L'une et l'autre représentent même le contraire du mouvement ouvrier.
Vous parliez tout à l'heure de l'ordre. Il n'est pas question pour nous de maintenir ou de rétablir à l'occasion des désordres un prétendu ordre bourgeois. Il n'y a d'ordre vrai que dans et par la démocratie.

 

Propos recueillis par
MARCELLE PADOVANI.

(Nouvel Observateur du 15 mai 1972.)
(l) Pierre Juquin.

VOUS NE NOUS
NORMALISEREZ-PAS


Lorsque le 21-1-72, à la Mutualité, le membre éminent du Comité Central du Parti Communiste Français que vous êtes, Monsieur Duclos, avez laissé échapper, devant des centaines de témoins, en vous adressant aux homosexuels présents dans la salle, et qui vous questionnaient: « Vous êtes tous des malades, des anormaux, vous les gens du troisième sexe », nous avons été très étonnés. Comment vous, un politicien aussi chevronné, aviez-vous pu commettre une telle faute politique, aussi grave tactiquement que stratégiquement ? Vous n'ignoriez pourtant pas que les gouines et les pédés étaient légion en France et, alors que votre parti déclenche une opération de charme tous azimuts en direction de l'électorat chrétien, petit-commerçant ou social-démocrate, voilà que stupidement, en portant un jugement aussi « Iéger » sur l'homosexualité, vous lui faites perdre immanquablement bon nombre de voix homosexuelles ainsi publiquement outragées. Sur le moment, nous avons voulu voir dans vos propos l'expression d'une débilité théorique consécutive à votre grand âge et à votre incompétence en matière sexuelle. Le vieux militant que vous êtes, était alors pour nous une victime isolée, et non représentative, au sein du P.C.F., de l'idéologie patriarcale et phallocratique dominante. Mais depuis les articles de . I'Humanité . et les déclarations à la presse de M. Juquin, nous avons dû nous rendre àl'évidence: c'était la direction du P.C.F. toute entière qui se démasquait par l'étalage public de son stalinisme sexuel!
Ainsi, Monsieur Juquin, vous osez prétendre de sang-froid que . I'homosexualité n'a rien à voir avec le mouvement ouvrier., et que bien plus elle en est le . contraire . !
Mais consultez donc les statistiques officielles du Ministère de la Justice!
Et vous avez avec ça le culot de prétendre que la classe ouvrière n'a rien à voir avec l'homosexualité ? Pour nous votre manœuvre est simple et même simpliste! Vous voudriez faire croire que l'homosexualité c'est l'image . officielle . qu'en donnent les gouines et les pédés avoués et « décoratifs» que s'arrache le Tout-Paris du spectacle et de la haute bourgeoisie. Nous vous disons non! L'homosexualité ça n'est pas seulement Proust, Cocteau ou Gide! La lutte des classes passe aussi parmi les homosexuels et l'homosexualité n'est pas un phénomène de classe; elle n'est pas en tant que telle un phénomène de la dégénérescence bour geoise. Là encore c'est trop simple, trop facile d'éliminer les problèmes en pratiquant l'amalgame! Par cette confusion (que vous pratiquez en toute connaissance de cause, et c'est pour ça Monsieur Juquin que vous êtes un salaud) vous contribuez à aggraver la pire des aliénations que connaisse une ou un homosexuel: la culpabilisation. Non seulement vous cautionnez la croyance àune « normalité » en reprenant à votre compte de façon ignoble les termes de «perversion sexuelle » pour parler de l'homosexualité. mais vous faites de l'homosexuel un double paria: dans la société d'abord, et surtout dans sa classe. Vous condamnez au désespoir
la gouine ou le pédé qui n'a pas les moyens de mener la double vie que tolère et encourage la société: couchez avec qui vous voulez pourvu que ça ne se sache pas et que vous respectiez les dehors de la normalité hétérosexuelle bourgeoise.
Non! Messieurs Duclos et Juquin! L'homosexualité n'est pas une maladie honteuse dont la . vilaine » bourgeoisie aurait importé le virus et les microbes dans la « vertueuse » classe ouvrière qu'elle aurait ainsi . pervertie„. Sachez que la morale (et quelle morale !) n'a rien à voir là dedans. S'il faut à tout prix trouver de l'immoralité quelque part c'est dans l'attitude hypocrite de la société, qui tolère l'homosexualité dans es hautes classes de la société, voire même la favorise dans les milieux « artistiques »(Pensez, les « artistes » il est naturel qu'ils ne soient pas « normaux » !) alors que cette même société la réprime impitoyablement (voyez les statistiques) dans les classes moyennes et surtout dans la classe ouvrière, sur lesquelles pèse le plus lourdement le poids de la morale dominante, avec les séquelles de son christianisme puritain et raciste. Vous même, au P.C.F., vous reproduisez le même genre d'attitude avec vos < intellectuels » devenus intouchables: Oui, oui nous pensons à la même personne!...
Tout ceci explique t-il pourquoi «I'Huma

(Suite page 13)



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nité» du 2 mai a dénié au FHAR son caractère de révolutionnaire ? Non content de faire, en citant le Mouvement de Libération des Femmes, une coquille vraiment providentielle ! (le M.L.F. devenant le H.L.F.) les collaborateurs de M. Andrieu parlent du «Front Homosexul ». L'« action révolutionnaire » s'est égarée dans la nature! Sans doute pensez-vous en avoir le monopole, pour ainsi, par un vulgaire tour d'escamotage, contester aux gens qui ne sont pas d'accord avec vous le droit d'y faire référence ? A moins que l'action du F.H.A.R. et du M.L.F., avec leur contestation radicale de la famille bourgeoise, ne vous gêne pour que vous en soyez réduits à de tels expédients vis-à-vis de vos lecteurs ! Surtout n'allez pas prendre la peine de nous faire croire que c'est par «tactique »que vous vous prononcez pour le maintien de la « famille traditionnelle », contre «Ies perversions sexuelles » et pour la « moralité »en général, nous ne vous croirions pas. Quel piètre argument que de prétendre, comme vous ne cessez de le faire, que les lecteurs de « I'Humanité» en particulier et la classe ouvrière en général ne sont pas « mûrs »pour accepter une remise en cause de la famille ou de la « normalité» hétérosexuelle. Même si c'était vrai, vous en porteriez l'unique responsabilité. Prétendre cela, ce n'est finalement pour vous qu'un alibi commode une mauvaise raison de plus pour camoufle; vos carences idéologiques, théoriques et pratiques, en matière de sexualité!
Reconnaissez, Messieurs du P.C.F., que pour nous, femmes et hommes homosexuels, Ies perspectives que nous offre la « Société avancée» que vous prônez, ne sont guère attirantes, c'est le moins qu'on puisse dire!
La société socialiste ne peut être fondée sur l'amoralité. proclame M. Juquin. Mais sur quel critères fonder cette moralité ? Sur quelles normes ? Pour nous, la situation est claire: vous voulez vous contenter de reprendre à votre compte la normalité bourgeoise, après l'avoir baptisée « socialiste ». L'Ordre Moral, qu'il soit assaisonné à a sauce fasciste comme sous Hitler ou Franco, àla sauce bourgeoise par M. Marcellin ou à la sauce dite « socialiste » comme dans la plupart des démocraties populaires, pour nous, c'est du pareil au même. (En matière de sexualité s'entend! Ne nous faites pas dire ce que nous ne disons pas !). C'est pourquoi force est de constater qu'en matière de sexualité (seul domaine où nous nous voulons compétents), votre socialisme risque fort de n'être pas le nôtre. Tant pis pour votre . société avancée ».
Mais si nous laissons à d'autres le soin de polémiquer avec vous sur le terrain économique et théorique, sachez que nous n'accepterons en aucune façon de servir d'alibi à vos carences politiques en face des groupes dits « gauchistes.. Nous ne vous laisserons pas nous transformer en épouvantail du gauchisme. Passe encore que vous vous « mépreniez » sur la nature de l'homosexualité, que vous défendiez la morale hétérosexuelle bourgeoise, et que votre débilité en matière sexuelle soit totale. Après tout, vous ne faites que payer les pots cassés de l'époque où vous accusiez la psychanalyse et ses découvertes révolutionnaires dans le domaine de la sexualité d'être une science « bourgeoise ». Mais nous ne tolérerons pas que vous vous serviez de nous pour dénaturer l'action des groupes gauchistes, et quoique nous ne pensions pas que l'homosexualité puisse «salir» Ie sens du combat gauchiste, nous ne vous laisserons pas utiliser les préjugés de l'opinlon publique et de la classe ouvrière pour mettre « hors jeu. votre extrême gauche, en utilisant les mêmes méthodes que la presse bourgeoise:

I'amalgame et le mensonge. Jusqu'à présent,

M. Marcellin avait la drogue pour discréditer le gauchisme. Nous nous emploierons à ce qu'il n'y ait pas, grâce à M. Juquin, Ia possibilité d'assimiler le gauchisme et l'homosexualité à une quelconque «perversion », et nous dénoncerons publiquement, toutes les fois que ce sera nécessaire, la collusion objective de M. Juquin avec M. Marcellin.
Mais finalement, nous n'avons que faire des calomnies et des mensonges de «I'Humanité», ni des hypocrisies du stalinisme sexuel de MM. Duclos, Andrieux et Juquin. Ce n'est pas avec eux que nous couchons! La classe ouvrière n'appartient pas à la direction du P.C.F., pas plus que le marxisme. C'est pourquoi nous nous refusons à faire des complexes par rapport à lui: nous dénoncerons et nous combattrons systématiquement l'orthodoxie sexuelle qu'il voudrait nous imposer. Nous disons merde aux phallocrates hétéroflics de l'appareil du P.C.F. comme nous disons merde à tous les hétéroflics phallocrates. Ce que nous savons, c'est qu'il y a au P.C.F. comme partout ailleurs des gouines et des pédés dont nous sommes solidaires. Ils sont peut-être simplement un peu plus culpabilisés par l'intox «normalisante» de leurs représentants officiels. C'est avec eux que nous voulons réaliser l'unité d'action théorique et pratique: c'est avec eux que nous devons combattre l'idéologie phallocrate distillée à longueur de colonnes dans « I'Humanité » par le lamentable Dr Muldworf, spécialiste maison des questions sexuelles et qui ose se prétendre psychanalyste ! C'est avec eux, dans la mesure où nous parviendrons à leur proposer un combat clair, que nous démolirons toutes les . normalités. bourgeoises -capitalistes -chrétiennes aussi bien que les « normalisations » d'une morale soi-disant socialiste !


 

 


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A propos d'une manif du M.L.F.


Le 9 octobre, les copines du M.L.F. manifestaient pour l'affaire de cette mère et de sa fille qui étaient poursuivies pour un avortement.
J'y suis allé. Mais, sitôt arrivé, j'ai compris que c'était là une erreur; en effet, les mecs étaient au moins aussi nombreux que les filles. Il y a beaucoup de phallocratisme dans le fait de se dire qu'il faut aller défendre les copines que sans mecs ça ne marchera pas. Mes réserves ont fait place à de la consternation lorsque j'ai vu quelques types - les stakanovistes de la manif que l'on voit partout, quel que soit le but - commencer à hurler et s'agiter. Les copines distribuaient leurs tracts, dialoguaient avec les passants; mais les mecs, voulant sans doute « politiser » ou « radicaliser » la manif, se sont mis en tête de la rendre violente.
La réaction des flics ne s'est pas faite attendre...
Débandade des phallocrates qui continuaient à scander ces slogans qu'ils répètent machinalement, comme s'il s'agissait d'onomatopées ou de comptines, les deux plus fréquentes étaient: « flics-fascistes-assassins » et « flics enculés».
Notons d'abord le manichéisme élémentaire de ces slogans; « moi, je suis bon, les autres sont des salauds ».
Mais il me semble surtout qu'il y a contradiction entre le qualificatif de « fasciste » et celui d' « enculé ». En effet, utilise «enculé » comme une injure, c'est renvoyer -au racisme sexuel, une des composante du fascisme. L'antiracisme nettement défini àl'intérieur de l'idéologie de gauche interdit de se servir des mots «bicots» ou « youpin » comme injure. Alors pourquoi « enculé » ? Parce qu'on se définit ainsi comme le vrai mâle révolutionnaire pur et dur, les autres, ce sont les salopes, les enculés.
C'est aussi confondre les effets avec leur cause. Injurier les flics, c'est oublier qu'ils ne représentent que le bras d'une société dans laquelle tout le monde est plus ou moins fasciste (il suffit, pour s'en convaincre, d'entendre les mots d'ordre de ses prétendus révolutionnaires).
Et voilà que leur fuite les fait passer devant un flic isolé, un gros flic plus très jeune. N'écoutant que leur courage, ils l'encerclent, se foutent de sa gueule, l'emmerdent.
Je fous le camp; moi qui ai gueulé avec les copains du F.H.A.R. « Ah ! que c'est bon de se faire enculer », je n'ai rien à voir avec cette révolution-là.

Yvette.

 

 


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