
Dirigé par Jean-Paul Sartre.
Numéro saisi après la mise en vente.
Référence Bibliothèque Nationale de France : Micr-D-474
Retranscription des articles de ce numéro.
à l'exception de l'article au bas de la page 7 et
de celui de la page 9 "Sur les murs des chiottes de Vincennes".

Dos
|
On avait dit « un numéro apolitique », un numéro de plein pied avec les gens, au niveau de la vie quotidienne. La parole, on voulait la donner à tout ce que la Grande Politique, même de gauche, même gauchiste, refuse ou refoule. Et puis, ce qui a déferlé, et ce dont ce numéro est le témoin, c'est ce qu'on appelle de façon méprisante, honteuse ou médicale les questions sexuelles. Mais ces questions-là, qui sont celles que notre corps pose quotidiennement, ne sont elles pas au centre de la vie ?
Depuis notre enfance, on nous fait honte de notre corps. On nous empêche de nous branler d'abord, sous des prétextes médicaux farfelus, on nous empêche de mettre les coudes à table, on nous oblige à n'être jamais à poil. On nous fait honte de notre corps parce qu'il traduit nos désirs, même quand nous n'osons pas les dire. On nous dit: soumettez-vous dans votre chair, portez des cravates, des slips et des soutiens-gorge, faites le salut militaire, ne vous étendez pas sur les pelouses, ne vous asseyez pas dans le bureau de votre chef sans y être invité, restez assis en classe...
|

page 5

Ces quelques lignes s'adressent à tous les non homo-sexuels, et particulièrement à ceux qui - de la petite bourgeoisie à la classe ouvrière - ont tendance à réagir aujourd'hui encore, et violemment contre les homosexuels (surtout masculins).
Nous vous disons d'abord que tout le monde est au fond de lui plus ou moins homosexuel. Cela ne signifie évidemment pas que tous les hommes ont envie de se taper un garçon , mais qu'en certaines occasion (lycées ou pensionnats, armée - au cours d'une guerre - sport, etc..), vous êtes tous capables d'éprouver pour des mecs une affection qui - dans une autre société - pourraient déboucher sur des relations homosexuelles.
Il n'est pas rare que dans certaines circonstances, comme celles que j'ai énumérées plus haut (armée, collège, etc.), l'admiration qu'un type a pour un autre aille jusqu'au lit. Mais - je le répète - ce sont encore aujourd'hui des exceptions. Beaucoup d'entre vous ont été conditionnés, dès l'enfance, de telle manière que votre homosexualité en puissance se manifeste plutôt par des réactions de dégoût. « Ce pédé-là s'il m'emmerde, je lui fais sa fête ! »
Mais le dégoût ne manifeste rien d'autre que l'ambivalence des sentiments - si on peut dire - des non homosexuels à l'endroit des homosexuels. Réfléchissez un peu posez-vous des questions. Soyez honnête avec vous-même. N'y a-t-il jamais eu, à un seul moment de votre vie, une manifestation d'admiration et de sympathie excessives à l'égard d'un mec qui ose faire le premier ce que vous n'auriez pas eu le culot de faire vous-même ? Première grève sauvage, séquestration de patron ou de cadre ou de « petit chef » - vachement drôle ? Ça n'a rien ? voir ? Qu'en savez-vous ? N'ayez pas la frousse de reconnaître la vérité : que ça aurait pu être possible, à un moment ou à un autre, de votre vie. Vous n'en resterez pas moins des hommes.
Regardez un peu du côté du cinéma, des sports, des bandes dessinées. Quand un boxeur combat avec une sorte de tendresse exaspérée contre un autre, devant une foule en délire, n'y a-t-il rien de sexuel dans tout ça ? Lorsque des jeunes garçons se roulent par terre devant un autre jeune particulièrement sexy qui débite une chanson rythmée, ça n'a-t-il rien de troublant ? La sexualité, ça n'est pas seulement le fait de se taper une fille ou un mec; c'est toute la vie de tous les hommes, à tous les moments. L'homosexualité n'est pas le privilège des types qui couchent avec un autre. Je débloque ? Faites tout de même ce petit effort et pensez aussi - c'est important - à vos copains, notamment en usine, qui sont comme ça et qui - croyez-moi - sont bien malheureux de ne pas vous parler. Et qui ne peuvent pas. Et qui ont peur des conséquences. La révolution totale , ce n'est pas seulement réussir une grève sauvage, séquestrer un patron qui vous fait chier : c'est aussi accepter le bouleversement des meurs sans restriction. Plus ça vous paraîtra dur au début, moins vous comprendrez, plus vous pourrez vous dire que vous êtes sur le bon chemin.
UN DU F.H.A.R.
Page 5

Sous le III Reich périrent dans les camps de concentration nazis 50 à 80 000 homosexuels, ceux-ci portaient comme signe distinctif un triangle rose cousu sur la manche, ou sur la poitrine.
Le National Socialisme distinguait à l'aide de badges les différents groupes de personnes jugées « dangers sociaux» pour le régime: triangle rouge: prisonniers politiques; triangle vert: malfaiteurs et associaux : triangle violet : témoin de jéhovah ; triangle rose : homosexuels; triangle brun : gitans, triangle jaune : juifs. Il arrivait qu'une même personne porte plusieurs triangles superposés. Triangle rose sur fond d'un triangle jaune : juif homosexuel.
(... ) La politique ne m'a pas sauvé du « vice » A celui-ci, je ne vais pas vous raconter comment j'y suis arrivé. A la politique. je suis arrivé par la compréhension de la lutte de classes.
Comme les « normaux » on a le droit d'avoir des mythes; et moi, j'ai commencé par les avoir aussi: comme homosexuel, comme homme, comme révolutionnaire, je croyais que tous les homosexuels étaient des gars chouettes, des alliés parce que opprimés; que tous les révolutionnaires seraient des défenseurs, vu que, à mon avis, c'était pas ma condition et mes habitudes sexuelles qui comptaient et que pour eux c'était pas le lit qui comptait pour l'avenir du monde et de l'histoire, mais mon activité possible a son côté contre le capitalisme
Mes deux expériences, mes deux vies m'ont déçu. Les homosexuels ne sont pas tous des amis, ils appartiennent et ils défendent des intérêts de classe bien définis; ceux de gauche (pour ne pas dire les marxistes) devant le doute et surtout l'ignorance et parce que Lénine ne l'a pas dit (et encore parce que en Union soviétique on continue à les opprimer), devant la peur de faire une bêtise, ils préfèrent expliquer cette déviation en se basant dans la morale domestiqué dont ils ont (comme tous et nous-mêmes) été abrutis
(...) Où est le critère ? Je demande: dans le cul ou dans la lutte de classe ? Et secondairement sera-t-il que les hétérosexuels baisent comme des chiens ?
Il y a des questions sur lesquelles je voudrais quand même être informé: les femmes, pour les hommes qui les prenaient, avaient-elles leur dignité localisée physiquement; on perdait la Dignité quand on perdait la fleur. Ça doit être je pense chez moi un décalage, une incompréhension des valeurs mais expliquez-moi la relation entre la perte physique de la fleur et l'Honneur. Si aux marxistes mâles-et-vierges leur manque l'expérience, moi je peux donner le fruit de mon expérience pour l'étude de cette anomalie: s'il y a une relation dans le cas du cul, on ne la sent pas, surtout pas quand on manifeste et qu'on a les flics sur le dos.
On a des bras on a une bouche, on a une queue, on a un cul; et c'est bon de les avoir; et si on est tous ensemble dans ce « sale monde », c'est bon de les user, et si moi personnellement j'ai été très peu de fois violé par une femme, elles ne me dégoûtent pas si fortement comme les normaux pensent que les femmes dégoûtent les homosexuels; et ne sera-t-il pas plus normal si on aime vivre et être au monde de baiser avec qui nous plait (homme ou femme quelqu'un de vivant et pensant comme nous) que d'avoir les murailles qui vous entourent ? Oui n'aime pas les hommes ne peut pas comprendre ce qu'on veut de la révolution. Changer les rapports économiques ? N'auront-ils pas changé: les rapports entre nous, les hommes ? Depuis combien de temps les hommes ne se touchent-ils pas librement, ne se regardent-ils sans crainte ?
Comme homosexuel, j'ai pas toujours défendu ma liberté. Je disais que oui, ça n'était pas le moment de voir en face le problème, ça choquait les ouvriers. Je me suis rendu compte de ce paternalisme que quand je me suis demandé si on ne pouvait pas alors dire que les ouvriers ne pouvaient pas comprendre les théoriciens du marxisme parce qu'ils étaient ignorants.
On est des lâches quand on oublie le ghetto où ils nous mettent, quand on n'est que des homosexuels au lit ou à la pissotière et après ça on passe la barrière pour le monde «normal ».
Si on a quelque chose à avouer et à critiquer, c'est la prostitution, la même que peuvent pratiquer les normaux et que je mets au même niveau.
Les homosexuels n'ont pas besoin d'être protégés comme des animaux ou les races en voie de disparition. Notre défense c'est d'être à côté de vous sans que vous le sachiez. On n'est pas des collectionneurs; on ne se promène pas tous avec des petits chiens.
(un homosexuel, sale étranger, dangereux communiste).
NI « PERVERS »
NI DEVIES
Comme on parle beaucoup de révolution sexuelle dans notre après-mai, et comme on commence toujours par les textes au lieu de commencer par la vie, il y a plein de gauchistes ou sympathisants pour lesquels ça signifie d'abord: « Reich et Freud » Alors. pour savoir, on a été lire.
Voici ce qu'on a découvert:
« Les connaissances acquises dans le domaine de l'économie sexuelle nous permettent de considérer l'homosexualité comme l'effet d'une inhibition très ancienne de l'amour hétérosexuel. »
« L'homosexualité des adultes n'est pas un crime social, elle ne nuit à personne. On ne peut la réduire qu'en réalisant toutes les conditions nécessaires à une vie amoureuse naturelle des masses. (Merde alors! Réduit toi- même!) En attendant, on doit la considérer comme une forme de satisfaction sexuelle parallèle à la forme hétérosexuelle qui, à l'exception de la séduction d'adolescents ou d'enfants ne doit pas être punie.»
W. REICH
Les mineurs (voir texte dans la même page) estiment quant à eux avoir droit à être détournés. Quant à Freud: il s'agit d'une « perversion », mais le terme n'exprime pas de jugement de valeur:
« La disposition à la « perversion est une partie de la constitution dite normale... » Pour la psychanalyse, le choix de l'objet indépendamment du sexe de l'objet, l'attachement égal a des objets masculins et féminins, tels qu'ils se retrouvent dans l'enfance de l'homme aussi bien que dans celle des peuples, parait être l'état primitif, et ce n'est que par des arrêts et contraintes, subis tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, que cet état se développe en sexualité normale ou en inversion. C'est ainsi que, pour la psychanalyse, l'intérêt sexuel exclusif de l'homme pour la femme n'est pas une chose qui va de soi et se réduisant en quelque sorte à une attirance chimique, mais bien un problème qui a besoin d'être éclairci. » (Note 13, Trois essais sur la sexualité).
S. FREUD
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça s'est bien éclairci depuis. Alors, les grands ancêtres, ça peut être intéressant (Reich est le seul à avoir lancé un mouvement politique de libération sexuelle). Mais on construira notre propre théorie, sur notre vie et notre lutte, parce qu'on ne leur fait plus confiance.

Pages 6 et 7
Page 6
HOMOSEXUELS - ELLES
ARRETONS DE RASER LES MURS
LESBIENNES ET HOMOSEXUELS,...
...NOUS PRENONS LA PAROLE
La lesbienne, qui rejette le seul rôle traditionnellement attribué à la femme, est en lutte perpétuelle contre les archétypes féminins qu'on lui propose sournoisement: dans sa famille, sur son lieu de travail, par la publicité et les bouquins.
Dans la société phallocrate (et elles le sont toutes ! ), l'homme développe sa personnalité l'homme produit, l'homme jouit. Bref, il détient le pouvoir. Quant à la femme, elle est faite pour le plaisir de l'homme et pour la reproduction. Son avenir le plus enviable ? Torcher les mômes !
Si elle cherche à s'imposer sur un autre plan; si elle prétend être elle-même, et pas simplementune machine à se faire baiser, elle devient gênante. On pense immédiatement qu'elle déraille, ou qu'elle a besoin d'un homme, un VRAI. Dans les groupements politisés, on la soupçonnera d'individualisme, on la trouvera subjective, agressive. Certains seront capables de lui jeter à la figure que ses préoccupations ne sont pas politiques: NOUS faisons la Révolution, ma fille, après tu te sentiras mieux !
Celles qui aiment les hommes supportent de plus en plus mal cet état de fait, pour nous qui n'avons jamais eu le droit de parler, il y a longtemps que la coupe est pleine.
L'apparition du Mouvement de Libération des Femmes, pour qui la lutte contre; la répression sexuelle sous toutes ses formes n'est pas un vain mot, nous donne le courage de parler, nous aussi.
Elles sont puissantes les filles qui s'embrassent !
NOTRE ALLIANCE
Pour une lesbienne, parler n'est pas se plaindre, ni solliciter servilement. Nous vivons en marge des valeurs masculines opprimantes, et nous sommes certaines que toute femme, homo" sexuelle ou non, peut en faire autant. Pour les hommes, cela signifie l'abandon d'un nombre considérable de privilèges.
Certes, nos amis homosexuels sont élevés comme les autres dans la surestimations des valeurs pseudo-viriles, mais ils arrivent às'en débarrasser dans la mesure où ils connaissent mieux que quiconque la signification répressive de la morale hétéro-flic. Tout ce qui est privilège apparent pour les hétéros est pour les homosexuels une aliénation. Pensez par exemple aux oppositions au sujet-objet, actif-passif, et, bien sûr, masculin-féminin.
Ainsi, l'alliance des garçons et des filles homosexuels a des bases solides, mais nous, les filles souvent isolées les, unes des au tres, nous devons résoudre notre problème le plus grave, celui de notre union. L'éducation que nous recevons tend à nous rabaisser. On nous apprend à nous taire, à nous rendre désirables pour piéger un mari à faire la cuisine pour le retenir, et à coudre pour repriser ses chaussettes. Les autres filles nous sont présentées comme des rivales, et bon nombre d'entre nous n'arrive pas à se débarrasser de cette idée. Il est ainsi difficile de concevoir qu'en nous solidarisant les unes des autres, nous pourrions briser le carcan qui nous étouffe.
AMOUR SANS EGALITE = ABJECTION
Non, les femmes ne sont pas des êtres faibles, intuitifs et subjectifs. Nous, lesbiennes, avons-nous besoin d'être protégées guidées comme d'éternelles mineures ? Certes, non ! Alors... pourquoi en serait-il autrement pour les: autres femmes ? Même décriée ou tournée en dérision, une -lesbienne est toujours heureuse de ne pas être dominée par un mâle phallocrate, mari ou amant. Le fait que cette domination soit acceptée par amour constitue l'aspect le plus abject de l'aliénation des femmes. C'est l'esclave adorant ses chaînes par amour pour son maître !
D'ailleurs, peut-on parIer d'amour dans un système où l'égalité n'est qu'une simple devise patriotarde ?
Et qu'on ne nous dise pas que les lesbiennes sont des refoulées. Nous faisons mieux et plus souvent l'amour que les hétéros. Ce n'est pas nous qui rendons les filles frigides par ignorance, par maladresse, ou en leur rentrant dedans dès le premier rapport sexuel. Nous n'avons pas l'habittude de violer dans les coins sombres, ni de mépriser nos partenaires, consciemment ou non, au: point de les reléguer dans des rôles subalternes.
Certains nous objecterons que les lesbiennes sont bien « acceptées ». Nous en avons marre du -paternalisme et de la curiosité louche que les hommes manifestent à notre égard. Ils nous réduisent nous aussi, à l'état d'objet parce qu'ils sont incapables de concevoir qu'on puisse leur échapper.
Ce sont eux qui ont inventé 1' op position hétérosexualité-homosexualité, ce fondement chancelant d'une prétendue normalité qui n'est jamais que l'expression, dans le domaine de la sexualité de la loi du plus grand nombre d'imbéciles.
COMMENT ILS COMPTENT
Les hommes, qui ne voient pas que les relations humaines peuvent ne pas être des rapports de force, ont également imaginé me bizarre arithmétique qui prétend justifier leur position:
Homme = 1; femme = 0.
Donc: Homme + Femme= I
Femme + Femme = 0
Homme + Homme = 0
c'est-à-dire que deux hommes quis'aiment accèdent à la nullité féminine, ce qui suffirait à expliquer notre alliance avec eux ! Cela signifie bien sûr que l'homme, qui est l'unité, et qui est annulé par l'intervention d'un autre homme n'est rien lorsqu'il est seul. L'homme qui ne baise pas n'existe pas.
Cette arithmétique nous apprend:
1) que le super-mâle n'est rien en lui-même;
2) que si la femme délaissait temporairement le dit super-mâle, il se demanderait peut-être ce que représente pour la femme le fait d'être traitée par lui à la fois comme une sainte (la mère), comme une putain, comme une pondeuse et comme une domestique sans gages.
Ce serait une expérience à tenter !
En dépit du chauvinisme mâle, l'existence des lesbiennes prouve, s'il en est besoin, qu'une femme peut vivre en dehors du système des valeurs masculines sans devenir pour cela un objet de pitié. Ainsi, notre place est actuellement à l'intersection des mouvements qui libèreront les femmes et les homosexuels. Le pouvoir que nous revendiquons est celui de nous réaliser. Elles sont puissantes les filles qui s'embrassent !
Une du F.H.A.R

Page 6
PAS D'ACCORD ! UNE LETTRE
C'est bien gentil de vouloir libérer les femmes et les homosexuels, mais au premier abord leurs luttes paraissent incompatibles. Horizontalement, ils ont la même situation de couches opprimées par la - répression radicale, mais verticalement l'homosexualité est en grande partie issue des contradictions sociales entre l'homme et la femme, et de leur aliénation mutuelle dans le couple. On peut dire que le rapport de forces existant entre l'homme et la femme atteint son antagonisme, dans un racisme homosexuel réciproque. L'homosexualité reste aliénée à l'idéologie bourgeoise dans sa conception du' couple qui caricature le couple partriarcal, et n'a d'autre revendication que celle d'être intégré aux institutions bourgeoises (mariage, droit à l'adoption...). L'antagonisme qui reflète les contradictions bourgeoises masculin:féminin, est le suivant d'une part l'homosexualité masculine se prend pour l'élite intellectuelle, élite de la race mâle qui se traduit sur le plan politique par une tendance au fascisme. Son mode de sélection misogyne est le plus contraire à la libération de la femme, il ne fait qu'accentuer la ségrégation. D'autre part, l'homosexualité féminine sera exploité pour son « esthétisme» dans le commerce érotique et toujours pour faire bander ces messieurs. Le paternalisme s'étend jusqu'à l'homosexualité féminine. L'homosexualité est pour les femmes une désaliénation dans la mesure où elle est la conséquence de la prise de conscience de sa position, mais elle ne change en rien la situation sociale et politique de la femme dans le monde patriarcal.
La lutte pour la libération de l'homosexualité est subordonnée à la lutte pour la libération de la femme et. du de en général (ce jour-là, les hommes homosexuels ne feront plus un complexe de féminité!)
Militer pour la, juste lutte des femmes c'est aussi militer pour la désaliénation des types, mais de celle-là personne parle, comme si elle était acquise...
Militer pour la juste lutte des homosexuels c'est la libérer de son contexte raciste et bourgeois quant à la femme. L'homosexualité trouvera son identité par la révolution sexuelle en tant qu'elle devient une norme sexuelle. Lutter contre: la répression sexuelle, c'est prendre conscience, entre autre, de l'imposition sociale sur l'objet du désir hétérosexuel, pour des causes d'économie. Il n'y a aucune raison, si ce n'est la résistance psychologique, pour ne pas investir sa libido trouver des formes de plaisir différent.
SYLVIE
Notre vocabulaire
A nouvelle lutte, nouveau vocabulaire. Rebutant au début, il s'imposera. Certains termes sont communs avec le M.L.F.).
HETERO-FLIC: qui érige (!) son hétérosexualité en seule forme « normale » d'amour.
PHALLOCRATE: le même, en tant qu'il croit que le fait d'avoir une bite donne le droit d'opprimer.
BOITE TASSE: notre ghetto. Les boites de nuit et les pissotières. Beaucoup d'entre nous y draguent.
TANTE, PEDE: nos frères.
GOUINES, LESBIENNES nos soeurs.
TRAVELOS: ceux qui s'habillent en homme ou en femme sans tenir compte de leur sexe supposé. Nos frères et nos soeurs.
BISEXUELS qui aiment à 1e fois avec leur propre sexe et avec I'autre. Ne peuvent jamais l'être totalement dans la société actuelle. normal, naturel, famille: merde.
Page 6
LES LOIS
Vous croyez sans doute, naïfs que vous êtes.,que la loi s'est assouplie avec l'évolution moderne.
De 1810 à 1942, aucune loi française ne traitait l'homosexualité de «crime contre-nature». C'est apparu avec Pétain, repris par de Gaulle, et est toujours en vigueur: l'outrage à la pudeur commis par des homosexuels est puni depuis... 1960 !
PHILIPPE PETAIN
(Ordonnance du 6 août l942)
Sera puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 â 6000 francs... quiconque aura... pour satisfaire ses propres passions, commis un ou plusieurs actes impudiques ou contre-nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de 21 ans.
QUI LA BOURGEOISIE CONDAMNE-T-ELLE ?
L'homosexualité, ça n'existe guère dans les couches populaires: c'est ce qu'on vous dit généralement. En 1964, 331 personnes ont été condamnées pour outrage pubilc à la pudeur (ou detoumement de mineurs) sur une personne du même sexe.
Dont 136 ouvriers, et pas un seul chef d'entreprise. (Statistique avec origine socio-professionnelle du Ministère de la Justice).
CODE PENAL
Ordonnance du 8 Février 1945
(Art. 331)
Sera puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 60 à 15 0Q0 francs quiconque aura commis un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe mineur de 21 ans.
L'article 330 (al. 2 N° 601245 du 25 nov. 1960): «lorsque l'outrage public à la pudeur consistera en un acte contre nature avec un individu du même sexe, la peine sera un emprisonnement de six mois à trois ans et une amende de 10 à 15000 francs.
Deux mineurs entre eux - âgés de plus de 18 ans - peuvent aussi être poursuivis. Ils enfreignent la loi. Ce cas est assimilé, pratiquement, au délit de... coups et blessures réciproques !
OUI, ON CONDAMNE POUR HOMOSEXUALITE
Page 6
Vie quotidienne chez les pédés
La société hétéro-flicarde nous vire de nos boulots, nous cogne nous fiche, nous fout en taule, dans le seul but avoué par leur mot d'ordre: « les homos, on va les soigner ».
La vie quotidienne chez les pédés.
A la tasse du coin - la tasse, c'est l'endroit où les hétéros vont seulement pour pisser...-, J'y vals de temps en temps, le soir, quand la solitude donne aux murs de ma piaule un aspect carceral. J'y croise des ombres impassibles, pas un mot, pas un sourire... attitudes furtives, visages tendus, peur du flic ou de l'hétéro-flic qui rôdent aussi à cette heure tardive.
J'étais l'autre soir sur le trottoir d'en face. Trois affreux jojos hétéros se pointent: «tu vas voir, on va se marrer... » Seul un type reste dans le compartiment central de la tasse. Les trois jules lui tombent dessus. Je fonce et hurle: « salopes d'hétéros, si vous voulez cogner la police recrute, vous pourriez jouir. ~ Ils me foncent dessus. Je me tire et les distance. Mon petit frère n'aura cette fois que les deux yeux pochés. Une autre nuit, cinq truands en faction devant la pissotière. Les solitaires, tête baissée, passent en se faisant insulter, un arabe se pointe: mêmes insultes, il les traite de merdeux. Je gueule avec lui: . sales petites ordures racistes, arabes ou pédés, vous voulez nous coincer pour jouir de votre haine. L'arabe sort un couteau quand l'un nous fonce dessus. ils se tirent.
Bois de Boulogne: car de flics tous les quarts d'heure grosses paires de couilles en treillis bleu toutes les demi-heures, avec deux chiens d'un mètre cinquante en laisse, motards à la recherche des sales tapettes. Flics planqués dans les taillis, qui attirent les pédés, qui opèrent aussi dans les tasses: pour le gibier, menottes, incarcération, assignation à résidence, procès.
La solution, le ghetto des boites de nuit de tantes... Pas de normaux flics évidemment, mais rapports truqués entre les gens et pour cause. Une boite c'est le royaume du fric, on y danse entre hommes, on s'y apprécie mutuellement en tant que marchandise, la société hétéro-flic nous y récupère. La peur y subsiste descente régulière des flics, rafles légales ou souvent encore propriétaires de boites et flics se tiennent main dans la main.
Voilà pour le quotidien et j'en passe...
Et la répression que l'homosexuel a subi au cours de son histoire personnelle: matraquage moral des parents, des éducateurs, de l'entourage hétéro qui fait pression pour que le monstre réintègre le bercail de la sexualité normale, sans compter tous ceux qui vivent leur sexuaIité dans la clandestinité. Combien de Jeunes homosexuels dans les écoles et les lycées attendent que les adultes leur disent qu'ils sont tout simplement normaux: lycéens homosexuels, organisez-vous pour dénoncer la répression des profs et pour vivre au grand jour votre amour.
Un militant du F.H.A.R.
« Toute personne qui connaît charnellement et de quelque manière que ce soit un animal ou un Oiseau, ou qui connaît charnellement une autre personne du sexe masculin ou féminin par les moyens de l'anus ou de la bouche, ou qui se soumet de son plein gré à de telles pratiques, est coupable de sodomie. »
Lb 9hÆ
(LOI DE L'ETAT DU MINNESOTA, U.S.A.)

Page 6

Adresse à ceux qui se croient normaux
Vous ne vous sentez pas oppresseurs. Vous baisez comme tout le monde, ça n'est pas votre faute s'il y a des malades ou des criminels. Vous n'y pouvez rien, dites-vous, si êtes tolérants. Votre société -car si vous baisez comme tout le monde, c'est bien la vôtre-nous a traité comme un fléau social pour l'état, l'objet de mépris pour les hommes véritables. sujet d'effroi pour les mères de famille. Les mêmes mots qui servent à nous désigner sont vos pires insultes.
Avez-vous jamais pensé à ce que nous ressentons, quand vous mettez à la suite ces mots: « salaud, ordure, tapette, pédé » ? Quand vous dîtes à une fille: « sale gouine « ?
Vous protégez vos filles et vos fils de notre présence comme si nous étions des pestiférés.
Vous êtes individuellement responsable de l'ignoble mutilation que vous nous avez fait subir en nous reprochant notre désir.
Vous qui voulez la révolution, vous avez voulu nous imposer votre répression. Vous combattiez pour les noirs et vous traitiez les flics d'enculés, comme s'il n'existait pas de pire injure.
Vous, adorateurs du prolétariat, avez encouragé de toutes vos forces le maintien de l'image virile de l'ouvrier, vous avez dit que la révolution serait le fait d'un prolétariat mâle et bourru, à grosse voix, baraqué et roulant des épaules.
Savez-vous ce que c'est, pour un jeune ouvrier, que d'être homo. sexuel en cachette ? Savez-vous, vous qui croyez à la vertu formatrice de l'usine, ce que subit celui que ses copains d'atelier traitent de pédale ?
Nous le savons, nous, parce que nous nous connaissons entre nous, parce que nous seuls, nous pouvons le savoir.
Nous sommes avec les femmes le tapis moral sur lequel vous essuyez votre conscience.
Nous disons ici que nous en avons assez, que vous ne nous casserez plus la gueule, parce que nous nous défendrons, que nous pourchasserons votre racisme contre nous jusque dans le langage.
Nous disons plus: nous ne nous contenterons pas de nous défendre nous allons attaquer.
Nous ne sommes pas contre les normaux, mais contre la société normale. Vous demandez: « que pouvons-nous faire pour vous ? Vous ne pouvez rien faire pour nous tant-que vous resterez chacun le représentant de la société normale tant que vous vous refuserez à voir tous les désirs secrets que vous avez refoulé.
Vous ne pouvez rien pour nous tant que vous ne faites rien pour vous-mêmes.
A CEUX QUI SONT COMME NOUS
Vous n'osez pas te dire, vous n'osez peut-être pas vous le dire.
Nous étions comme vous il y a quelque mois .
Notre Front sera ce que vous et nous en ferons . Nous voulons détruire la famille et cette société parce qu'elles nous ont toujours opprimés. Pour nous, l'homosexualité n'est pas un moyen d'abattre la société, elle est d'abord notre situation et la société nous contraint à la combattre.
Nous ne faisons pas de distinction entre nous. Nous savons que hommes et femmes homosexuelles vivent une oppression pression différente. Les hommes trahissent la société mâle, les femmes homosexuelles sont aussi opprimées comme femmes.
Les hommes homosexuels bénéficient comme hommes d'avantages que les femnes n'ont pas. Mais l'homosexualité féminine est peut-être moins scandaleuse pour les hommes, qui l'ont utilisée comme un spectacle.
Les contradictions qui existent entre nous, nous devons les poser. Cette double page parle plus des homosexuels hommes que des homosexuelles femmes. Nous voulons savoir pourquoi.
Nous voulons savoir comment notre alliance avec le Mouvement de Libération des Femmes veut se faire sans soumission à l'idéologie hétérosexuelle.
Nous avons besoin de vous pour le savoir.
La répression existe à tous :les niveaux. Le bourrage de crâne de la propagande hétéro on 'la subit depuis l'enfance. Elle a pour but d'extirper notre sexualité et de nous réintégrer dans le bercail NATUREL de la sacro-sainte famille, berceau de la chair à canon et de la plus-value capitaliste et stal-socialiste.
On continue à vivre cette répression quotidiennement en risquant le fichage, la prison, la proscription, les insultes, les casse-gueules, les sourires narquois, les regards commiséreux. Nous revendiquons notre statut de fléau social jusqu'à la destruction complète de tout impérialisme.
A BAS LA SOCIETE FRIC DES HETERO-FLICS !
A BAS LA SEXUALITE REDUITE A LA FAMILLE PROCREATRICE !
AUX ROLES ACTIFS-PASSIFS !
ARRETONS DE RASER LES MURS !
POUR des groupes d'auto-déFense qui s'opposeront par la force au racisme sexuel des hétéro-flics.
Pour un front homosexuel qui aura pour tâche de prendre d'assaut et de détruire la « normalité sexuelle fasciste ».
FRONT HOMOSEXUEL
D'ACTION REVOLUTIONNAIRE
| COMMENT SE RENCONTRER TOUS LES JEUDIS de 18 à 20 heures à l'ECOLE DES BEAUX-ARTS rue Bonaparte Paris-6e Métro: Saint-Germain-des-Près Rendez-vous dans le bâtiment « G.E.E.P. » (au fond de la cour d'entrée, bâtiment en préfabriqué, rez-de-chaussée, entrée par l'arrière du bâtiment). Nous savons que ceux qui ne sont pas étudiants hésitent à venir dans une fac. Mais c'est le seul endroit sans risques que nous ayons trouvé. Ecrivez à « TOUT », 27, rue du Faubourg-Montmartre, en précisant « pour le F.H.A.R. ». La société nous empêche de nous rencontrer. Multiplions les lieux de rencontre. Aux Tuileries dans les boîtes, dans les petites villes, parlons nous. Ecrivons sur les murs des W.-C., puisqu'on nous les abandonne. Envoyons des petites annonces aux journaux (pourquoi pas à celui-ci ?) SORTONS DES BOITES ET DES PISSOTIERES DANS LA RUE ! |
Page 7
Témoignage - Sujet de réflexion.
Je suis homosexuel.
Mon attitude révolutionnaire vient de ce que j'ai beaucoup souffert de cet état et que même aujourd'hui je ne l'accepte pas toujours facilement.
J'en rends responsable la société (mes parents d'abord, mais aussi mon entourage et les enseignants que j'ai eu).
Je voudrais:
-d'une part, que l'existence et la liberté des gens tels que moi soient reconnus
-d'autre part, éviter que d'autres deviennent tels que moi et permettent aux enfants d'avoir une évolution sexuelle saine et naturelle.
Seulement pour l'instant, nous sommes rejetés des deux bords.
D'un côté, en vertu de la morale; de l'autre, à cause d'habitudes morales qui font que des types qui se veulent révolutionnaires réagissent envers nous de la même façon que ux qu'ils combattent.
Voir aux manifs, par exemple, quand les CRS sont en face, les injures des manifestants: « Pédés », «Salopes » ,« Cocus ».
Ça me donne envie de me barrer, de tout laisser tomber.
Mais je n'ai pas d'autre solution que la lutte, sinon le suicide.
Ils ont donc rien compris.
Comment peuvent-ils espérer faire une révolution en conservant la morale bourgeoise-la base même de cette socõété. Ça peut nous mener qu'à un régime du type U.R.S.S.
Ça me fait mal de voir des types gueuler contre le fric, les flics, la presse, la culture... et d'un autre côté protéger leur vie privée, leur femme et même le mariage, l'attachement aux parents...
Face à tant de connerie( aliénation), je ne me sens pas encore capable de prendre la parole dans une A.G. par exemple pour m'expliquer et expliquer mes idées. Alors je prends les gens que je connais un à un pour essayer de leur expliquer, je leur conseille de lire Reich, Malinowski, Marcuse... comme point de départ à une réflexion mais ça n'avance guère.
Je crois pourtant cette prise de conscience absolument nécessaire pou: qu'un mouvement aboutisse à quelque chose.
Si vous êtes d'accord, essavez de faire quelque chose.
Un étudiant de Poitiers
MALADES DANS LEUR TETE ?
MANUEL
ALPHABETIQUE
PSYCHIATRIE
(article homosexualité).
Le pronostic de l'homosexualité dépend essentiellement du groupe où se classe le sujet. Deux éléments le conditionnent: la profondeur de l'anomalie, la réaction morale à l'égard de celle-ci. Le degré de l'anomalie s'apprécie en fonction de l'intensité de l'attrait pour le sexe semblable (jugé chez l'homme sur l'érection psychogène) et de l'existence ou non de répulsion pour le sexe opposé... -La réaction morale vis-à-vis de l'anomalie est capitale : ceux qui se complaisent dans l'homosexualité
n'ont que faire
de la médecine; seuls sont accessibles à la thérapeutique (d'ailleurs difficile et pleine d'éceuils) ceux qui souffrent.
Page 7
MALADES DANS LEUR TETE ?
LES CHIENS DE GARDE
ET LES HOMOSEXUELS
(...)Au moyen âge on nous brûlait sur un bûcher, entre un juif et une sorcière au nom de la charité crétienne et pour sauver nos âmes de 1'enfer.
Aujourd'hui c'en est fini de ces temps obscurantistes et barbares. Le peuple ne croit plus au diable. et la science triomphe aux côtés de l'ordre républicain démocratique et humaniste. Le flic et le psychiatre ont remplacé l'inquisiteur et l'idéologie doit se faire passer pour scientifique et humanitaire. On a tout changé pour que rien ne change [...] Pour la psychiatrie classique nous étions simplement des dégénérés, au même titre que les idiots, les assassins et divers sortes de fous. C'était un peu simpliste et la génétique ayant fait des progrès il a fallu trouver autre chose. Autre chose ça a été le marxisme et la psychanalyse. (...) D'abord nous souffrons d'un arrêt du développement normal de notre sexualité àun stade infantile.
Ensuite nous avons peur des femmes toute femme représentant notre mère, et comme c'est interdit de baiser sa mère...
Enfin on est castré, on a perdu le phallus et on aime les hommes pour leur rendre le phallus qu'on a pas.
Pour les lesbiennes c'est le contraire, elles l'ont alors qu'elles ne devraient pas l'avoir tous les hommes pour elles c'est papa et elles ont peur de baiser papa ou d'être violé par lui. (...)
Au cas où vous ne seriez pas d'accord , si vous êtes par exemple militant du F.H.A.R., c'est que vous êtes au stade de la . revendication «agressi ve», «régressé» àla phase sadique anale, un pervers incurable, un cas désespéré, un danger public. Là, la psychanalyse ne peut plus rien, il faut appeler les flics. En langage technique, si vous êtes malheureux, vous êtes névrosé, donc curable, si vous êtes heureux vous êtes pervers, donc incurable. Problème comment rendre les pervers névrosés ? Condition essentielle 3 la bonne tenue du compte en banque du psychanaliste. (...)
En tant qu'homosexuel, je ressens comme une insulte et une agression les prétendues théories qui prétendent expliquer l'homosexualité.
(...) Ouant à souffrir, ce dont je souffre, ce n'est pas d'être homosexuel mais d'être victime du racisme et le remède à ma souffrance n'est pas dans vos thérapeutiques dont je me fous, mals dans la destruction du racisme donc de la société qui l'engendre. Racistes vous l'êtes et de surcroît hypocrites, messieurs les humanistes scientistes. (...) Votre pitié, elle vient trop tard, nous sommes des homosexuels heureux, au F.H.A.R. Heureux d'être homosexuels, heureux de nous aimer entre nous, heureux de combattre et de nous exprimer librement quand on en a envie. Et on sera heureux encore le jour où on vous cassera la gueule, messieurs mes ex chers confrères, docteurs en connerie, psychiatres flics, psychanalistes racistes et autres chiens de garde édentés.
Un Psychiatre homosexuel.
Page 7
LES MINEURS ONT DROIT AU DESIR
15 BERGES
Il y a les paluches tartinées de rouge, du rouge viande de mec, de bonhomme et maintenant, il sait plus où il en est. !I veut se faire la malle loin, vite, ailleurs. La pisse colle à sa cuisse à travers son pantalon, le pantalon qu'il a retiré tout à l'heure, dans une petite piaule. sous le regard d'un type qu'en crevait d'envie.
Mais, pas de gourance, lui, aussi, il en crevait d'envie. Il en pouvait plus. La nuit, il en avait salopé des mouchoirs, les deux mains enfouies sous les draps et il les sentait presque contre lui, les gueules, les bites de mâle qu'il faisait naître àchaque frottement. Alors, il s'était décidé, traînant la braguette sur les quais de la Seine.
Et puis, I'occasion, la pétoche, ça oui, quand le mec lui avait balancé un clin d'oeil, mais quoi, bon dieu, c'était son droit de regarder les péniches comme tout Je monde... Fallait se décider, oui ou non. Et puis, il s'est souvenu, il avait l'air si paumé, la nuit, dans la baraque familiale, après... avec son mouchoir barbouillé et son souffle de mémé sur sa fin... Tant pis, le type en question, il avait une sale gueule d'arabe, son parfum, c'était pas précisément la rose, mais il en avait sa claque des solitudes de moine...
D'abord, il l'a suivi jusqu'à un vieux ciné. L'arabe, il a payé, c'est naturel, non ? La frousse partout dans la culotte, à foutre en l'air le refoulement... C'était pour aujourd'hui, le grand truc. Dans l'obscurité, sa main s'est engouffrée au fond des cuisses. L'autre, il bronchait pas, motus et bouche cousue, il laissait faire, pas si désagréable, tout compte fait. Devait les mouiller aussi le bon homme, puisqu'il a arrêté la main farfouilleuse.
LES SPECTATEURS, dans le noir, ils se tapaient du western, l'autre dans les chiottes, il essayait de se taper le gamin. Mais ça puait. Il l'avait coincé contre l'urinoir et il y avait la flotte qui mouillait le froc du petit. Il s'est débiné. Pas ici, c'est trop dégueulasse. Il est ressorti, avec le mec derrière.
Alors, changement de décor. Une piaule pas loin. Et c'est reparti pour un tour. Faut quand même tenter le coup. S'étaient foutus à poil tous les deux. L'autre. il agitait sa queue avec un méchant sourire. Ça l'amour avec un homme ben merde. Et il insistait, l'arabe, il essayait de le foutre sur le ventre, il lui bavaitdessus des bons crachats bien huileux. S'est fihu en rogne d'un seul coup. Trop récalcitrant à son goût, finie la rigolade, une bonne paire de tartes et terminée la comédie. Allons du nerf, quoi. Le petit, il pouvait vraiment poas enolée l'envie de passer à la casserole pas avec un guignol, mais bon dieu, toute pédale qu'il soit, le lascar en question il en a du poignet. Faut se défendre, mon gars.
Un vase, une aubaine. T'as voulu mon cul, t'es pas à mon goût, tiens en voilà des sensations. Ca lui a plutôt fendu la gueule. Ca a giclé partout bien rouge, bien saigantn en technicolor de luxe. Pas le temps de dire ouf le mec, une crevasse dans son portrait et plutôt à marée basse, sa queue, inexistante même.
Lui, il s'est paniqué. Pas l'habitude du sang. Il s'est tristé vite fait.
Paluches tartinée de rouge, pantalon couvert de pisse, bilan négatif. Il sait plus où il en est. Il a envue de se fair la malle, loin vite, ailleurs. Mais, après tout, en réfléchissant un brin, elle a disparu, l'envie d'une bite? C'est pas de ta faute d'être puceau. Ca passe, mais pour ça, faut recommencer, de la décontraction. Un autre mec, une autre queue faut se faire comprendre quand il y a quinze berges qu'on s'entends répéter : «touche-pipi défendu tope-la, petit cochon» : Ouai, c'est ça, au rancard la famille.
Touche-pipi défendu entre messieurs, non, sans blague. A s'en gondoler.
Tiens, il est chouette ce mec, c'est un peu tard ce soir, mais demain bon dieu, oui demain...
Un pédé mineur et devenu joyeux.
Page 7
"Peut-être que si je n'étais jamais allé au lit avec des algériens, je n'aurais jamais pu approuver le F.L.N. J'aurais probablement été de leurs bord, de tout façon, mais c'est l'homosexualité qui m'a fait réaliser que les algériens n'étaient pas différents des autres hommes." Jean Genêt
Le texte ci-dessus est apparu à certains camarades non-homosexuels comme raciste. Alors nous avons discuté entre nous de nos rapports avec nos amis arabes. C'est vrai que les homosexuels français, à leur manière, ont une certaine forme de racisme : comment pourriez-vous imaginer qu'un jeune blanc de quinze ans, même pédé , échappe à l'atmosphère raciste? Mais nous sommes sûrs que le racisme des militants, qui ne vivent leur rapport avec des arabes qu'au travers de grandes phrases, est plus aliénant que le nôtre.
D'abord, tout le monde vit sur l'image du vieux pédé européen qui se tape des petits arabes. Outre que ça n'est jamais si simple, signalons qu'en France se sont nos amis arabes qui nous baisent et jamais l'inverse. Comment ne pas y vois une revanche consentie par nous sur l'occident colonisateur? Croyez-vous qu'on puisse avoir les mêmes rapports que tout le monde ou que le français moyen avec les arabes quand on commet avec eux l'acte que la morale bourgeoise rend le plus honteux?
Oui, nous nous sentons une solidarité d'opprimés très forte avec les arabes.
NOUS SOMMES PLUS DE 343 SALOPES.
Nous nous sommes faits enculer par des arabes.
NOUS EN SOMMES FIERS ET NOUS RECOMMENCERONS
SIGNEZ ET FAITES SIGNER AUTOUR DE VOUS
LE NOUVEL OBSERVATEUR LE PUBLIERA-T-IL ???
ET DISCUTONS EN AVEC LES CAMARADES ARABES.
"Si l'homosexualité recevait même en théorie, un semblant d'approbation, si on lui permettait de sortir, ne fût-ce que partiellement du cadre de la pathologie, on arriverait vite à l'abolition du couple hétérosexuel et de la famille, qui sont les bases de la société occidentale dans laquelle nous vivons."
André Morali-Daninos
("Sociologie des relations sexuelles") Collection "Que sais-je?")

Le texte au bas de la page 7 n'a pu être numérisée.

Page 8
Les pédés et la révolution
Il n'y a pas de rapport possible entre l'homosexualité et la lutte révoluttionnaire. C'est du moins ce que pensent beaucoup de gauchistes. Les homosexuels révolution-naires, apèrs avoir parlé avec eux, ont décidé de réfuter leurs objections les plus graves et d'aller enfin au fond des choses.
1 Il est juste et nécessaire que des camarades homosexuels proclament leur oppression et mènent un combat, mals ce combat ne pourra Jamais concerner les masses, parce que l'homosexualité reste un problème marginal.
L'homosexualité n'est pas plus un problème qu'une maladie ou une perversion. Elle est un état. Ce qui n'empêche pas qu'elle provoque communément chez les bourgeois trois styles de réactions: la dérision, la fureur, la honte.
Le combat pour l'homosexualité libre n'est pas une lutte marginale. Les homosexuels révolutionnaires refusent le terrorisme puritain de certains militants qui prend pour masque le prétexte de la nécessité des luttes de masse. C'est vrai qu'il n'existe en France qu'une faible minorité d'homosexuels avoués, et cela, parce que dans certaines marges de la bourgeoisie en particulier chez les artistes et les intellectuels, l'homosexualité est tolérée ou même revendiquée et ne ternit pas la réputation sociale. Mais il existe aussi, et surtout parmi les masses, dès centaines de milliers d'homosexuels refoulés et qui s'autocensurent sous le poids de l'idéologie morale bourgeoise. Le fait qu'ils ne sont pas encore reliés entre eux par une conscience collective n'est pas une raison suffisante pour prétendre que la notion de masse ne leur est pas applicable.
Enfin, depuis que la pensée freudienne, portée au delà de Freud jusqu'à l'expulsion de l'impératif moral, a reconnu la pulsion homosexuelle, au même titre que l'autosexualité ou l'hétérosexualité, comme inhérente à tout individu dès sa naissance, le refus de situer l'homosexualité au niveau d'un phénomène de masse ne peut relever que d'un sentiment de honte et d'une pratique autorépressive inspirée par notre environnement culturel.
Il est évident que la mise à jour d'une telle situation ne peut se faire qu'au niveau où l'on peut critiquer cet environnement culturel dans lequel nous baignons depuis l'enfance. La révolution, à quelque échelon que ce soit, ne peut naître que de la rencontre du besoin de la conscience évoluée (ce qui ne veut pas dire élitaire) avec le besoin des classes exploitées: de leur rencontre et de leur interaction.
2 La lutte pour la liberté homosexuelle n'atteint pas la bourgeoisie dans ses forces vives. Et même la lutte pour la simple liberté sexuelle ne doit pas être placée au premier plan du combat révolutionnaire, car elle est déjà tolérée et même récupérée par la presse bourgeoise et la publicité, à tel point qu'en un certain sens, elle commence à faire partie de l'arsenal bourgeois.
Le visage que donne la néo-bourgeoisie libérale actuelle à la libération sexuelle passe d'abord par sa 'conception du profit: le corps humain y joue le rôle d'une image ou d'un objet et le désir y joue le rôle d'une incitation à la consommation et non à la jouissance. C'est toujours la possession érotique et la propriété du corps qui restent la loi et non la pénétration et le don par la médiation du sexe.
Cette soi-disant liberté sexuelle dissimule l'exploitation sexuelle par le biais du commerce et de la prostitution. Elle perpétue la honte du corps en le transformant en marchandise. La bourgeoisie a banni le mot « amour » de son langage politique et l'a remplacé par les mots « mariage », « famille », « éducation » et plus récemment « érotisme ». Bien sûr, la société capitaliste, après avoir condamné Gabrielle Russier, s'est empressée de la réhabiliter dans un concert de larmes. Mais elle ne l'aurait certainement pas fait, si en face de son jeune amant, Gabrielle Russier avait été un homme.
Jamais la bourgeoisie n'a toléré la libre disposition d'un corps en face de n'importe quel autre et en particulier chez les mineurs. Jamais elle n'a toléré le droit à n'importe quelle rencontre sexuelle pourvu qu'elle soit généreuse et publique. Jamais elle n'a toléré lé droit à la tendresse entre tous les corps, si ce n'est comme soupape de sûreté dans quelques lieux privilégiés et fermés.
Les révolutionnaires plus puritains que les bourgeois ?
Il est désespérant que des militants révolutionnaires continuent à être aliénés par le puritanisme bourgeois, au moment même où une partie de la bourgeoisie, parvenue à un point différent de maturation, abandonne ce puritanisme à cause d'une intelligence nouvelle du profit, au moment surtout où une grande masse de jeunes, plus ou moins politisés, commence à axer sa révolte sur la libre disposition du sexe. Dans cette question du puritanisme répressif à l'intérieur de la force révolutionnaire, l'attitude vis-à-vis de l'homosexualité est un test capital.
Pour ce qui en est de la hiérarchie des luttes révolutionnaires selon l'urgence, les homosexuels ne prétendent pas que le combat contre la sexualité et la culture bourgeoises doit être placé au premier plan. Ils pensent seulement que ce combat est inséparable de la lutte contre l'exploitation socio-économique. L'un sans l'autre reste lettre morte.
En Union soviétique en 1918, en même temps qu'était proclamé le droit à l'autodétermination sexuelle, économique et sociale des femmes, on décida de faire disparaître l'inceste, l'adultère et l'homosexualité du code pénal. Hélas, ils devaient y être réintroduits en 1934, sous prétexte qu'ils menaçaient l'ordre, la stabilité, la capacité de la nation à affronter la guerre et surtout en arguant que l'énergie retirée à l'effort socialiste par l'activité sexuelle était volée à la révolution et au prolétariat. L'homosexualité fut alors déclarée décadente, bourgeoise et fasciste. Cette pensée continue à être celle du Parti Communiste Français en 1971. Tout le problème est de savoir si certains gauchistes vont persister à adhérer à ce système de jugement devenu contrerévolutionnaire, en se fondant par exemple sur le fait que la libération sexuelle semble n'avoir aucune actualité dans la pensée du Président Mao et ne présenter aucune utilité auprès de 800 millions de Chinois.
3 Même chez un révolutionnaire, la vision du monde à travers l'homosexualité, et surtout la sodomie, est une vision parcellaire. Aussi, la lutte pour la liberté homosexuelle n'a pas actuellement d'utilité tactique.
Aucun programme politique n'est entier et cohérent s'il passe sous silence l'instance du désir sexuel interdit même du désir autocensuré. Certes, un homosexuel d'origine bourgeoise doit se demander si la nature de son désir le rapproche plus d'un ouvrier homosexuel que sa conscience de classe ne l'en éloigne. Mais il peut aussi s'indigner de ce qu'on lui interdise à cause de ses penchants de militer dans un groupe maoïste, de même qu'aux Etats-Unis, il n'aurait pas le droit de travailler dans un ministère ou au Pentagone.
La bourgeoisie doit être attaquée sur tous les fronts où elle fait ressentir son oppression. La lutte pour la liberté homosexuelle n'avait peut-être pas d'utilité publique tactique il y a cent ans et elle n'en aurait pas aujourd'hui au Pakistan. Mais dans les sociétés occidentales, elle participe d'une révolution culturelle qui est devenue indispensable.
Qu'elle soit enfouie, latente ou avouée, l'homosexualité est présente partout où les hommes se retrouvent entre hommes. Elle est présente dans le sport, les écoles, les confréries, les prisons, la guerre, la compétition capitaliste, le culte des idoles du spectacle, le militantisme des camarades, les relations particulières à l'intérieur des familles et même dans la jalousie dès qu'une liaison dépasse le couple. Il n'est pas question de supprimer d'un coup de baguette toutes les pratiques de compensation du désir homosexuel. Cela provoquerait trop de déséquilibres et d'angoisses. Mais il serait bon qu'on commence à prendre conscience de quoi ces pratiques tiennent lieu.
L'obsession de perdre sa virilité...
La revendication homosexuelle met en cause le culte aberrant de la virilité à partir duquel la femme ne sert à un homme que pour s'imposer aux autres mâles. Elle met en cause ce que la bourgeoisie appelle stupidement la loi de nature, alors qu'elle nous fait prendre un statut culturel et une structure de comportement pour le destin biologique inévitable. Elle met en cause l'enfer du surpeuplement. Elle met en cause les institutions sacrosaintes de la famille et du patriarcat monogamique,, défendues aussi bien par les républiques bourgeoises que par les démocraties populaires ou les dictatures militaires. Elle met en cause toutes les conduites masculines d'autorité, de puissance, d'agressivité et d'hystérie qui naissent du refoulement homosexuel.
Par la sodomie enfin, elle met en cause un des plus solides tabous de la société bourgeoise, le tabou de la merde et du trou du cul. L'usage presque continu à titre d'injure des mots «merdeux» et « enculé » dans le langage populaire et la persécution verbale que cet usage représente à l'égard des homosexuels montrent bien qu'il s'agit là, non d'une vision parcellaire, mais d'une obsession fondamentale: celle de perdre sa virilité et de se salir. Car la virilité et la propreté sont les deux piliers de la psychologie bourgeoise.
Les enculés répondent qu'ils préfèrent vivre cette obsession anale que l'escamoter, qu'ils préfèrent être baisés dans le cul que dans la tête et que pour eux au moins, baiser n'est pas devenu synonyme de tromper, abuse{, blesser, ni symbole de fourberie et de mauvaise foi. Si un révolutionnaire souhaite qu'on encule publiquement un ennemi de classe, un grand patron, un chef d'Etat capitaliste ou un dictateur fasciste, c'est que l'image de la sodomie est automatiquement associée chez lui à celle d'humiliation, de dérison, de vengeance. :
Pratiquer avec amour l'acte tabou de la sodomie entre hommes vaut mieux que d'en rêver dans la haine. En outre, cela risque fort d'exorciser toutes les conduites masculines d'animosité et d'agressivité qui ne sont que la sublimation de cet acte. Il faut carrément demander au bourgeois: « Quelles sont tes relations avec ton trou du cul à part l'obligation de chier ? Est-ce qu'il fait partie de ton corps, de ta parole, de tes sens au même titre que la bouche ou les oreilles ? Et si tu as décidé que l'anus ne sert qu'à déféquer, pourquoi la bouche a-t-elle d'autres usages que manger ? »
4 Le refus organique de la femme par l'homme, outre que ce mépris correspond politiquement à un racisme, entraînerait, s'il s'il se généralisait, la fin de l'espèce. C'est pourquoi le prosélytisme homosexuel n'est pas révolutionnaire.
De même que c'est la femme qui est le mieux à même de constater le refoulement homosexuel des hommes, seul l'homme qui est pénétré peut imaginer charnellement ce qu'est une femme et rien ne peut le rapprocher davantage d'elle. Au contraire, en méprisant les pédés qu'ils ont investi du rôle mythique de l'homme qui se dégrade en femme (de l'homme qui se laisse salir par la merde comme la femme se laisse salir par le sang menstruel), c'est leur mépris de la femme que les bourgeois font éclater au grand jour. Ils ont fabriqué une image sociale du pédé qui cristallise la honte de la virilité perdue, tout en les préservant magiquement de cet affreux cauchemar. ?
La bourgeoisie hétérosexuelle phallocratique ne peut reprocher aux homosexuels d'avoir réduit la femme à l'intouchabilité, sans reconnaître qu'elle-même l'a odieusement réduite à ses fonctions génitales et domestiques. Rien ne prouve d'ailleurs qu'une révolution dans la condition sociale féminine et l'image imposée de la femme n'entraînerait pas une métamorphose ou une extension dans la cristallisation du désir homosexuel.
Quant à accuser l'homosexuel d'enraciner son désir dans le culte du phallus, c'est oublier un peu vite qu'il ne craint pas de perdre sa virilité sacrée, car il se sait à la fois homme et femme. Au contraire, il fusionne avec la virilité ou la féminité de l'autre, au point qu'il fait éclater les stéréotypes bourgeois de la virilité et la féminité, au moment même où on pourrait croire qu'ils les caricature.
A ce propos, les homosexuels révolutionnaires refusent d'admettre le partage étanche entre « actifs » et « passifs " qui est fait à l'intérieur de leur condition sexuelle par les psychosociologues bourgeois. Accepter ce partage serait singer l'hétérosexualité et reléguer l'homosexualité au niveau d'une imitation servile de l'érotisme officiel, lui-même calqué sur une hiérarchie rigide des rôles: d'un côté le mâle maître, de l'autre la femelle, esclave, idole ou poupée, mais toujours d'abord considérée comme un trou. Même si nombre d'homosexuels n'ont pas atteint ce stade, il est évident que l'homosexualité dans son plein épanouissement assume à la fois l'état du pénétrant et celui du pénétré.
Et si tout le monde devenait homosexuel ?
Ceci dit, il est frappant de constater où sont les peurs qui définissent le mieux la culture petite-bourgeoise. Si on abolissait les prisons, la propriété serait en danger. Si on prononçait la dissolution des armées, la patrie serait en danger. Si on autorisait le haschisch, le travail serait en danger. Enfin, si on cessait de réprimer l'homosexualité, la famille, et donc l'espèce, seraient en danger. Sans rire, la bourgeoisie croit-elle réellement que l'homosexualité une fois libérée, tout le monde deviendrait homosexuel ? Ce serait confesser du même coup que les puisions homosexuelles existent en chaque individu. Et cela, jamais la bourgeoisie ne l'avouera, à cause de son racisme hétérosexuel profond.
Les homosexuels révolutionnaires, eux, savent que l'homosexualité n'a pas son origine dans les structures socio-économiques du capitalisme bourgeois et que par conséquent, elle ne disparaîtra pas avec lui. Ils savent qu'elle n'est pas davantage une aliénation due à un caprice de la nature, et que du reste, ce n'est pas la nature, mais la société imposant une idée de nature, qui détermine l'objet du désir sexuel. Si l'homosexualité a pris dans nos sociétés des aspects condamnables (maniérisme, caste occulte, conscience malheureuse, pratique clandestine et papillonnante), c'est parce que la morale des classes possédantes a rendu le vécu homosexuel illicite et grotesque, en le réprimant.
Les homosexuels révolutionnaires ne sont pas disposés à faire du prosélytisme ou de l'évangélisme,, comme les hétérosexuels d'en face le font, au niveau des Etats policiers, capitalistes ou prétendûment socialistes, qui imposent une voie sexuelle au détriment d'une autre et qui maintiennent intacte la puissance innée d'un sexe sur l'autre, symbolisée par la perte du nom de la femme dans le mariage. Il faut comprendre que l'institution du mariage n'est pas naturelle, mais intégrée dans la société à, la suite de la victoire historique de la propriété Privée sur là propriété commune.
Si les homosexuels se bornent à revendiquer leur liberté, cette demande seule ne sera pas révolutionnaire et on peut imaginer qu'elle entrera un jour dans le champ de la récupération par la bourgeoisie et du réformisme. Ce serait aussi absurde que de vouloir aller vivre dans une île homosexuelle libre, en abandonnant le combat contre l'exploitation économique et l'illégitimité des structures bourgeoises.
Page 8
Vers l'élargissement sans contrainte du désir
Aussi les homosexuels révolutionnaires sont-ils prêts à un effort autrement important: dresser, avec le concours de tous les autres révolutionnaires, un projet crédible de monde nouveau. Cela ne peut aller sans une abolition du couple et surtout de la famille, désignée par l'Etat comme unique cellule possible de la vie, toutes les autres étant définies commodément à l'avance comme irréalistes ou menant au chaos. On n'a pas assez pensé à quel point lorsqu'elle accuse les homosexuels d'être improductifs et d'entraver ver la reproduction de l'espèce, la société capitaliste se fait de l'enfant la même image que de la plus-value. Les marxistes-léninistes ont à cela une seule réponse: le champ de la liberté s'étend au-delà du champ de la nécessité.
En ce sens, puisque les homosexuels révolutionnaires savent d'évidence que la répression antihomosexuelle chez les hétérosexuels est d'abord une répression contre leur propre homosexualité, ils ne peuvent nier en retour qu'il existe en eux une hétérosexualité refoulée. Ici, il est indispensable de préciser une différence de poids. L'homosexualité est toujours réprimée au niveau d'une pression de la société bourgeoise, alors que l'hétérosexualité, elle, est seulement refoulée dans un vécu particulier.
Cette différence est politique. C'est à cause d'elle que, si une fraction parmi les homosexuels révolutionnaires est prête (dans un souci de déculpabilisation et non d'égalitarisme ou d'uniformisation) à s'ouvrir à la bisexualité, à la pansexualité même, et à rechercher de toutes ses forces l'élargissement sans contrainte de son désir, elle reste néanmoins solidaire des autres homosexuels qui refusent d'essayer de se donner à l'autre sexe aussi longtemps que l'homosexualité sera socialement réprimée.
Encore une fois, si ce refus a la nature même du désir pour fondement, il se double donc d'un acte politique. L'homosexualité reste pour le moment un commun dénominateur pour un ensemble d'individus opprimés: ni tribalisme, ni corporatisme, mais lieu où se circonscrite et se définir, de façon autonome, jusqu'à ce que la sortie du ghetto soit viable, et en ayant conscience que cette sortie du ghetto dépendra autant de la transformation possible du désir que du combat politique qui ne doit pas être la poubelle du refoulement, ni une activité de compensation à un désir non-satisfait

Page 9
Question à ceux et à celles qui n'ont pas perdu tout contact avec leurs corps
QUI ENCULE QUI ?
Trois ans après mai 68, les gauchistes se sont pour ainsi dire intégrés à la vieille politique du vieux monde et pas mal des ex-gauchistes filles et garçons commencent à se demander " pourquoi ". Ils commencent à se rendre compte qu'il n'est pas possible de remettre en question la société capitaliste dont on est prisonnier sans simultanément se remettre en question soi-même de fond en comble. Les différents discours gauchistes entre autres, sont devenus insupportables. Car il est relativement facile de foutre en l'air les idéologies officielles de la bourgeoisie-celle des Raymond Aron, des Muldworf, des Bercot, des J.J. S.S., des Jean Cau, des Chaban, des Séguy, des Dassault, des Marcellin, des Edgar Faure - mais la reproduction de ces idéologies sous des formes plus subtiles à l'intérieur du gauchisme-notamment à l'égard de la déviance, de l'anormal, de la délinquance, de la folie, ou de la perversion-pose de terribles problèmes. On s'aperçoit avec horreur pour certains - que le gauchisme institutionnalisé est aussi castrateur, répressif et ennuyeux que n'importe quelle autre manière de " faire de la politique " et que, à plus ou moins longue échéance, la destruction totale de la société capitaliste passera aussi par la destruction des gauchismes en tant qu'appendices du stalinisme et de la bourgeoisie libérale, en tant qu'appareils bureaucratiques " révolutionnaires " et aussi en tant qu'idéologies. Un des " domaines " (mais il n'est pas possible de diviser un tout socio-économique en zones séparées) où la mentalité gauchiste apparaît comme encore collée au vieux monde, à la vieille gauche politique, est le " domaine " de la sexualité. La misère du.corps, la censure et l'auto-censure du désir, le flic dans la tête, donc partout, I'interdiction de Jouir (c'est-à-dire de créer les conditions nécessaires à I a Jouissance) qui caractérisent les sociétés capitalistes sont, à chaque instant, reproduites dans les activités gauchistes comme elles l'étaient déjà dans la tactique électoraliste des partis prétendus communistes. Les dirigeants (léninistes par définition) parlent de prendre et d'exercer le pouvoir, tandis que la base parle de changer non pas les pièces du Jeu, mais le Jeu lui-même: la vie. Le gauchisme est le produit de cette vieille contradiction.
ENCORE L'IDEE DE PECHE
Il suffit d'un exemple pour les résumer tous: celui des copines du M.L.F. qui ont distribué un tract illustré exaltant la masturbation féminine et la Jouissance auto-érotique avant de briser le cadre oppressif de la prétendue " fête " du Secours Rouge, à la Mutualité, en prenant d'assaut la scène réservée aux vedettes et aux dirigeants, et en s'y déshabillant. Elles portaient une grande affiche illustrée d'un phallus en érection inscrite de ces deux mots: Et alors ? Et alors, pendant que le service d'ordre se battait pour empêcher que tout le monde monte sur scène et fasse de la musique et que la fête, enfin, puisse commencer à exister, un des bureaucrates en chef du S.R. s'est adressé à une copine du M.L.F. et lui a dit: " On vous accorde cinq minutes pour dire ce que vous avez à dire et après rendez-nous la scène". Voila. Derrière la débilité du, gauchisme officiel et légal, il y en a une autre: celle des soi-disant " révolutionnaires" et " radicaux ". A quoi sa sert, oh ! champions de la révolution totale, d'inscrire sur les murs de la caféteria de Nanterre ce graffiti qui fut, c'est Inconcevable, un dès plus subversif et des plus fulgurants de mai 68: INVENTIONS DE NOUVELLES PERVERSIONS SEXUELLES, si le gouffre entre votre discours et votre pratique est tel que vous n'arrivez même pas à pratiquer les " perversions " qui existent déjà ? Et d'abord, cette idée de perversion sent un peu trop la pourriture chrétienne pour que nous ne soyons pas obligés, pour commencer, de cesser d'employer les mots de la bourgeoisie et d'inventer des façons différentes de parler de notre plaisir et de notre vie. Attention, pas de, malentendus, il ne s'agit pas de se placer sur le territoire miné des linguistes universitaires et autres néo-staliniens de Tel Quel chargés d'amuser la bourgeoisie avec leur marchandise littéraire, il s'agit de prendre conscience de ce que le langage que nous employons n'échappe pas, ne peut pas échapper lui non plus à la révolution. Lorsque par exemple un groupe révolutionnaire de la banlieue se nomme " Comité d'action ne nous laissons plus enculer" il participe de l'oppression délibérément transmise par l'idéologie dominante selon laquelle se faire enculer constitue une "faute ", un " péché contre nature", un "déshonneur" et que pour un révolutionnaire il serait moralement e t politiquement Inacceptable de se faire enculer. D'ailleurs les organisations gauchistes sont tout aussi policières, dans ce domaine aussi, que les organisations staliniennes, catholiques ou patriotiques qui exigent la normalisation sexuelle". En réalité, oh! champions de la révolution totale ou partielle, se faire enculer n'est pas une « faute » cela peut être un plaisir, un très grand plaisir et nous recommandons chaudement aux super-dirigeants si Jaloux de leur virilité dominante de cesser, ne fut-ce qu'un instant, de nier leur homosexualité latente et sublimée et ne fut-ce que pour essayer d'échapper à leur chauvinisme mâle, de se faire enculer non pas chez " Ies Grecs ", mais ICI et le plus tôt possible Cela leur ferait beaucoup de bien, aux chers dirigeants, de se faire enculer, de renoncer à leur pouvoir phallocratique à leur position dominante. Et tout le long des échelles hiérarchiques des " responsables " et des " cadres " qui, dans les organisations politiques comme dans les entreprises et à l'armée, sont conçues pour écraser la base et l'utiliser comme un trou, comme un instrument, il faudrait que la sodomie cesse, d'être,un fantasme social pour devenir une réalité physique, une source de plaisir.
Bien entendu, I'interdiction presque absolue de la classe dominante impose à toutes les formes de la sexualité-les " normales" comme Ies " perverses " - passe avant tout par l'organisation et la division du travail. Les modes de production capitalistes sont conçus en fonction du rendement, c'est-à-dire en fonction désir détourné de son but vers la productivité et finalement, il en résulte l'étouffement et l'impossibilité du désir non rentable c'est-à-dire non chosifié. Les gauchistes, hantés par la culpabilité de leur origine sociale, ont tort de croire que les problèmes du désir et de la castration ne concernent pas le prolétariat, que la jouissance et la non jouissance ne jouent aucun rôle dans la vie des femmes et des hommes directement insérés dans la production.
LA SUPREMATIE DU MALE
Voici ce qu'en disait récemment un camarade ouvrier du livre:
« Tout ceux qui ont travaillé dans un atelier pourront dire que, toute la journée, entre eux, les mecs ne font que raconter des histoires de cul: qui ils ont baisés, qui ils ont enculés, à qui ils ont mis la main au cul, tous leurs exploits. C'est une sorte de protection en définitive, les gars se sécurisent. Même s'ils peuvent pas baiser ou s'ils baisent mal on en parle, ça fait bien. Il ne faut surtout pas passer pour un impuissant. Alors là c'est la dernière des trucs être impuissant, pédale peut-être c'est un peu avant, mais les gars portent leurs couilles en sautoir. C'est un phénomène classique. Te dire maintenant que les gars sont pas aliénés, moi j'en sais rien. Dans ma boite, j'ai entendu pour une fois parler des problèmes sexuels pour de bon. C'est très rare. C'est quand ce bouquin suédois . Positions » est sorti. Le bouquin est une connerie, mais à permis une discussion entre tous les types qui se le passaient et qui disaient ce qu'ils en pensaient. Je me souviens d'un pote qui disait: «Je ne savait pas que les femmes pouvaient jouir avec leur clitoris». Et tout le monde a discuté de ça. Un autre a dit: « Je croyais qu'il n'y avait que deux positions pour faire l'amour, maintenant, je vais en essayer beaucoup d'autres.»
Telle est aussi presque mot pour mot, l'attitude des étudiants, gauchistes ou non. L'idéologie bourgeoise domine toutes les classes de la société et, privilèges économiques mis à part, l'étudiant est aussi aliéné et chosifié dans sa sexualité que l'ouvrier.
Il n'y a donc pas d'outrage plus grave pour un chauviniste mâle - quelle que soit sa classe sociale - que d'être (ou être soupçonné d'être) un «impuissant » ou un « pédé ». Toute la civilisation du mâle, féodale et contemporaine, toute la structure sociale du patriarcat est fondée sur le culte de la virilité, donc sur l'homosexualité latente. C'est ainsi que le pouvoir du maître consiste à disposer de l'esclave comme d'un objet de jouissance, comme d'un trou. La femme fut prisonnière (dès avant le christianisme et le capitalisme moderne) d'un rôle inférieur dans l'échelle sociale, un rôle d'esclave. La suprématie du mâle imposait à la femme le rôle de simple trou, donc tout homme qui « se fait baiser comme une femmes » tombe comme elle au bas de l'échelle sociale, d'où le tabou sur l'homosexualité, la sodomie et le fellatio. Tant d'orgueil à rester le maître, tant d'insistance à être le baiseur plutôt que le baisé l'enculeur plutôt que l'enculé traduit chez le suprématiste mâle, chez lé dominateur, un puissant désir refoulé de se faire baiser, de se faire enculer, tant il est vrai que dans le couple sado-masochiste les places sont interchangeables dans l'imaginaire. Elles restent à le devenir socialement et physiquement et c'est pour cela aussi qu'une révolution sociale est nécessaire.
Très souvent dans le langage parlé ou les graffiti il est question «politiquement » du rapport enculeur-enculé. L'impérialisme, les guerres coloniales, les résultats quotidiens de l'exploitation capitaliste font que le maître encule socialement l'esclave, l'employeur encule l'employé, le chef encule ses subalternes. Des milliers d'années de suprématie du mâle, de dictature du phallus, font que celui ou celle qui en est victime -volontairement ou obligatoirement - adopte la position la plus basse, la plus humiliante, la plus masochiste... la plus « féminine ». « On s'est encore fait baiser par le patron » disent les grévistes à la reprise du travail. Ou bien « On s'est encore fait enculer par le bonze syndical » ou « par le dirigeant »disent les ouvriers ou les marginaux révolutionnaires. Le rapport dominant-dominé est un rapport de sujet à objet qui permet au maître de jouir de l'humiliation de l'esclave et qui condamne l'esclave à ne jouir que de son humiliation. La règle du jeu est très stricte, toute transgression est immédiatement sanctionnée. Les hommes d'Etat, les chefs ou les bureaucrates qui exercent à eux seuls le pouvoir, en temps « normale» comme à la faveur des mouvements révolutionnaires de masse, sont toujours les premiers à se croire prédestinés à jouer exclusivement le rôle d'enculeur, ils empêchent donc par tous les moyens (y compris la répresslon policière et les services d'ordre) que-se matérialise socialement les conditions nécessaires à la démocratie directe, à commencer par la permutation des fonctions sociales et des rôles sexuels.
LE COUPLE DOMINANT/DOMINE
Seule la société sans classe rendra possible le dépassement du rapport sado-masochiste (sujet-objet, dominant-dominé) entre hommes et femmes, entre adultes et enfants. Cela dit l'utopie socialiste-n'en déplaise à ceux qui restent englués dans tel ou tel vieux scénario gauchiste ou social-démocrate - consiste non seulement à lutter pour abolir le salariat et la propriété privée, pour socialiser les moyens de production et généraliser l'autogestion de tous les aspects de la vie, elle consiste aussi à lutter dès maintenant pour rendre possible des rapports humains de sujet à sujet. Cela signifie: lutter pour abolir tout de suite les rapports marchands (sans attendre le Grand Soir du prolétariat qui règlera magiquement tous nos problèmes) afin d'établir des rapports affectifs et sexuels de sujet à sujet avec nos soeurs et nos frères. Quant à la famille elle ne disparaîtra en tant « qu'usine idéologique de la répression » et donc en tant que pilier du capitalisme, que lorsque nous aurons tous commencé à nous débarrasser du patriarcat et du tabou de l'inceste (entre parents et enfants, entre frères et soeurs). La liberté réelle est àce prix. Ceux et celles qui ont vraiment l'intention de jouir sans entraves ont plus de 2 000 ans d'interdits à transgresser chaque fois qu'ils ou elles font l'amour, chaque fois qu'ils ou elles commettent une action illégale, Tant que nous n'aurons pas tous aboli et dépassé la famille par d'autres modes de vie communautaire mieux adaptés à nos besoins, il n'y aura pas de révolution sociale digne de ce nom. C'est ici, pour préserver à tout prix la structure familiale autoritaire et traditionnelle, que nous avons à vaincre un des principaux fronts de la contre-révolution permanente. C'est l'union sacrée du vieux monde en sa totalité (de Thiers à Rocard, de Pompidou à Duclos, de Françoise Giroud au Pape et à tous les autres psychologues de la répression) contre nous... c'est-à-dire contre les «fous » les « déviants », les « criminels », les « pédés », les « gouines », les « défoncés », les « asociaux » tous porteurs du virus de la révolte sauvage, cette immortelle « maladie infantile » communiste.
Ce n'est plus de la fausse conscience gauchiste (et encore moins léniniste) qu'il s'agit mais d'un mouvement de masse qui se constitue àpartir d'un dégoût total et conscient pour le vieux monde (qu'il soit capitaliste d'Etat ou privé).
FIN DE LA FAMILLE ET DE L'INCESTE
Ceux qui ont tout fait et qui feront toujours tout pour réduire les «mouvements révolutionnaires de masse» à la domination des appareils bureaucratiques et au ron-ron des idéologies gauchistes, auront la surprise (plutôt désagréable) de découvrir dans les graffitis de chiottes, dans ces « messages » formulés là où ça chie, ça pisse et ça pense, que l'inconscient- loin d'être mort et enterré- joue plus que jamais le rôle moteur. Or l'inconscient est- paraît-il - structuré comme un langage: nous n'avons pas « conscience» de ce qui est dit, écrit et produit même par nous, surtout dans les chiottes. Pas seulement à Vincennes, prison modèle où des châtrés produisent et consomment à la fois du savoir-marchandise, mais aussi dans les chiottes des usines, des bureaux et autres bagnes où l'esclave vend sa force de travail (à un tarif fixé mutuellement par le maître et ceux qui prétendent diriger et représenter les esclaves) et où, à fur et à mesure qu'il accepte « son » esclavage et qu'il produit la marchandise demandée, l'esclave devient lui-même une marchandise, une chose. C'est le langage de cette chosification, de cette destruction de l'être humain qu'on retrouve sur le mur des chiottes
Rien d'étonnant à ce que s'étalent, dans les chiottes de Vincennes, toutes les marchandises idéologiques en concurrence sur le marché, mais aussi (parce que la censure en ces lieux d'aisance est un tout petit peu moins étouffante qu'ailleurs) des balbutiements d'ordre sexuel. Contrairement aux amphithéâtre et salles de classe où la parole est monopolisée par les profs, les dirigeants et autres sujets-supposés-savoir qui récitent interminablement la leçon universitaire, les discours stéréotypés ou les slogans politiques, la relative solitude des chiottes permet à ces embryons de parole de s'articuler. Donc le sexuel, exclu comme « honteux » ou « individualiste », du discours politique « normal »réapparaît dans les chiottes avec tous ses problèmes.
GRAFFITI ET SOUILLURES... LA PAROLE
EST A L'INCONSCIENT
Les idéologues de la répression qui protestent, dans leurs éditoriaux de «Minute » et de « I'Humanité » contre les « dépradations » et les «souillures» commises par les « délinquants » dans le métro ou ailleurs et qui, en fait de dépradations, sont la plupart du temps d'inoffensifs graffitis politiques, auraient tort de croire que le graffiti obscène fleurit exclusivement dans les chiottes des établissements scolaires ou universitaires. Voyez cette grande compagnie d'assurances, à Paris, où se développe chez les jeunes employés un mouvement anti-capitaliste de plus en plus radical. Un tract officiel de la CFDT a récemment condamné ouvertement ce mouvement et pris carrément la défense de l'employeur contre les employés révoltés en ces termes: « Des graffitis aussi inutiles que provocateurs couvrent et souillent à nouveau /es murs de la maison et les parois des ascenseurs». La réponse prit la forme d'un tract cinglant constatant la soumission totale du syndicat au patronat et, de surcroît, on vit apparaître dans les chiottes ceci: un gros cul sur Lequel était inscrit le nom du bonze syndical C.F.D.T. et, pénétrant ce cul, une grosse bite sur laquelle était inscrit le nom du patron de la boîte.
Ici encore la lutte des classe, en l'occurence une victoire du patronat, se traduit et est vécue non seulement en termes d'exploiteurs et d'exploités, mais en terme d'enculeurs et d'enculés. Ce n'est pas nouveau, au contraire, c'est traditionnel, mais peut-être les gauchistes et autres « révolutionnaires », auraient-ils intérêt à prendre conscience de ce qui se pense et s'exprime non seulement dans les usines et buraux , mais -dans leurs propres chiottes (à Vincennes) et à comprendre qu'il est temps de ne plus cacher et se cacher ce dont il s'agit.
Si « faire la révolution ,. veut réellement dire changer la vie (et d'abord SA vie) et non pas seulement prendre le pouvoir pour remplacer à son tour le maître- sous le prétexte de servir le peuple et d'abattre la dictature de la bourgeoisie actuelle- ces messieurs les gauchistes seront bien, eux aussi, obligés tôt ou tard de désserer les fesses.
MOUVEMENT COMMUNARD « NOUS SOMMES TOUS DES ANORMAUX »
P.S.- CE TEXTE EST UN PROJET (IN-FINI) RESULTANT DE NOMBREUSES DISCUSSIONS ENTRE CAMARADES D'ORIGINE SOCIALE ET SEXUELLE DIFFERENTES. POUR Y CONTRIBUER. ECRIVEZ A TOUT !
L'article "Sur les mur des chiottes de Vincennes" de la page 9 n'est disponible qu'au format image:
|
|